Principaux messages
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Les antifibrinolytiques aident à prévenir les saignements en empêchant les caillots sanguins de se désagréger trop rapidement. L'acide tranexamique (TXA) et l'acide epsilon aminocaproïque (AEAC ou EACA) sont deux médicaments antifibrinolytiques.
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Comparé au placebo (un médicament « factice » inactif), le TXA n'a probablement que peu ou pas d'effet sur le nombre de personnes atteintes de thrombocytopénie et de troubles sanguins qui présentent des saignements modérés ou pires que modérés. Le TXA pourrait faire peu ou pas de différence sur le nombre de personnes qui présentent des hémorragies graves, mettant en jeu le pronostic vital, ou des caillots sanguins dangereux dans les vaisseaux sanguins (thromboembolie).
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Nous ne savons pas si l'AEAC est utile, faute de données.
Que sont les troubles hématologiques ?
Les troubles hématologiques (c'est-à-dire du sang) sont des affections qui touchent le sang et les organes hématopoïétiques (comme la moelle osseuse). Ils perturbent les fonctions normales du sang, à savoir le transport de l'oxygène, la coagulation et l'immunité. Certaines de ces maladies du sang ne sont pas des cancers et peuvent causer des problèmes tels que l'anémie ou la drépanocytose. D'autres sont des cancers du sang, tels que la leucémie, le lymphome et le myélome.
Comment les troubles hématologiques sont-ils traités ?
Les personnes atteintes de cancers hématologiques (du sang) et d'autres troubles sanguins sont fréquemment exposées à un risque d'hémorragie grave ou potentiellement mortelle en raison d'un faible nombre de plaquettes (thrombocytopénie). Lorsque le nombre de plaquettes sanguines est faible, le sang ne coagule pas comme il le devrait, et les personnes peuvent donc avoir des ecchymoses ou saigner plus facilement. Il peut s'agir d'une insuffisance de la moelle osseuse due à une maladie sanguine sous-jacente, mais aussi de l'effet toxique d'un traitement (chimiothérapie) sur la moelle osseuse.
Les personnes ayant un faible taux de plaquettes peuvent recevoir des transfusions de plaquettes, c'est-à-dire recevoir des plaquettes provenant d'un don de sang pour aider à prévenir les hémorragies. Ces transfusions comportent des risques, allant de réactions bénignes telles que la fièvre à des conséquences plus graves, voire mortelles. Il s'agit notamment d'infections transmises au patient par les plaquettes transfusées, malgré les efforts rigoureux déployés pour les prévenir.
Que voulions-nous savoir ?
De toute évidence, il serait bienvenu de trouver des moyens de prévenir en toute sécurité les saignements chez les personnes atteintes de thrombocytopénie tout en minimisant l'exposition aux plaquettes transfusées. L'utilisation d'antifibrinolytiques (également connus sous le nom d'analogues de la lysine), à savoir l'acide tranexamique (TXA) et l'acide epsilon aminocaproïque (AEAC), est un moyen possible d'atteindre ces objectifs.
Ces médicaments aident à stabiliser les caillots qui se forment après le saignement, réduisant ainsi les chances de saignement ultérieur ainsi que le besoin de transfusions de plaquettes. L'utilisation de TXA et d'AEAC peut présenter des risques : le plus important est le risque accru de formation de caillots sanguins indésirables (tels que la thrombose veineuse profonde (TVP)), qui peut potentiellement mettre en danger la vie du patient.
Nous voulions savoir si le TXA et l'AEAC étaient plus efficaces qu'un placebo (un médicament « factice » inactif) ou qu'aucun médicament pour réduire le nombre de personnes qui :
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ont subi des saignements modérés ou plus graves ;
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ont subi des hémorragies graves ou mettant sa vie en danger ;
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ont souffert d'un type quelconque de thromboembolie (caillots sanguins dangereux) ;
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décèdent.
Nous voulions également savoir si le TXA ou l'AEAC provoquaient des effets indésirables et des risques graves.
Comment avons-nous procédé ?
Nous avons recherché des études comparant le TXA ou l'AEAC à un placebo ou à l'absence de traitement chez des personnes atteintes de troubles hématologiques (du sang), présentant une faible numération plaquettaire et habituellement traitées par des transfusions de plaquettes. Nous avons comparé et résumé les résultats des études et évalué notre confiance dans les données probantes, sur la base de facteurs tels que les méthodes d'étude et le nombre de participants impliqués.
Qu’avons-nous trouvé ?
Nous avons trouvé huit études avec un total de 1 041 participants. Six études ont comparé le TXA à un placebo, une a comparé l'AEAC à l'absence d'AEAC et une a comparé l'AEAC à une transfusion standard de plaquettes. Sept études portaient sur des adultes et une sur des enfants. Cinq études ont été financées par des gouvernements, des universités ou d'autres organisations non pharmaceutiques ; une étude a été financée par une entreprise pharmaceutique ; les deux études restantes n'ont pas fourni d'informations sur le financement.
Principaux résultats
Chez les personnes atteintes de troubles hématologiques et présentant une faible numération plaquettaire, l'acide tranexamique (TXA) comparé à un placebo :
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ne fait probablement que peu ou pas de différence pour le nombre de personnes qui subissent des saignements modérés ou pires que modérés ;
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pourrait avoir peu ou pas d'effet sur le nombre de personnes qui présentent des hémorragies graves, mettant en jeu le pronostic vital, ou des caillots sanguins dangereux dans les vaisseaux sanguins (thromboembolie).
Les données probantes n'étaient pas suffisantes pour tirer des conclusions quant à l'effet du TXA sur le risque de décès ou le risque d'effets secondaires graves.
Les deux études portant sur l'acide epsilon aminocaproïque (AEAC) n'ont pas fourni suffisamment d'informations pour nous permettre d'analyser leurs résultats.
Quelles sont les limites des données probantes ?
De manière générale, nous avons peu ou pas confiance dans les données probantes parce qu'il y avait trop peu d'études pour être certains des résultats de nos critères. En outre, certains des événements recherchés (décès, caillots sanguins dangereux) se sont produits chez très peu de personnes, ce qui rend les résultats incertains. Ainsi il est difficile de tirer des conclusions définitives sur l'efficacité et la tolérance des médicaments antifibrinolytiques.
Ces données probantes sont-elles à jour ?
Les données probantes ont été actualisées en janvier 2025. Il s'agit d'une mise à jour d'une revue publiée pour la dernière fois en 2016.
Lire le résumé complet
Les patients présentant des troubles hématologiques sont fréquemment exposés au risque de saignement grave ou menaçant le pronostic vital consécutif à la thrombocytopénie. Et ce malgré l'utilisation en routine des transfusions de plaquettes prophylactiques (PlTx) pour prévenir les saignements une fois que la numération plaquettaire tombe sous un certain seuil. Les transfusions de plaquettes prophylactiques comportent des risques et des événements indésirables peuvent menacer le pronostic vital. Un complément possible aux transfusions de plaquettes prophylactiques est l'utilisation d'antifibrinolytiques, spécifiquement les analogues de la lysine acide tranexamique (ATX) et acide epsilon-aminocaproïque (AEAC).
Objectifs
Déterminer les bénéfices et risques des antifibrinolytiques (analogues de la lysine) dans la prévention des hémorragies chez les personnes atteintes de troubles hématologiques.
Stratégie de recherche documentaire
Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL, MEDLINE, Embase, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature (Index cumulé de la littérature en soins infirmiers et apparentés) (CINAHL), Transfusion Evidence Library et dans les bases de données d'essais en cours le 21 Janvier 2025. Nous avons effectué une recherche manuelle dans les références bibliographiques de tous les essais contrôlés randomisés (ECR) identifiés. Nous avons contacté les auteurs des études pertinentes, les groupes de recherche ainsi que des experts internationaux reconnus dans ce domaine afin d’obtenir des informations sur des travaux non publiés ou des données complémentaires concernant des études en cours.
Critères de sélection
Les ECR incluant des patients présentant des troubles hématologiques, qui devraient systématiquement nécessiter des transfusions de plaquettes prophylactiques pour prévenir les saignements. Nous avons uniquement inclus les essais impliquant l'utilisation des analogues de la lysine ATX et AEAC.
Recueil et analyse des données
Deux auteurs ont analysé la pertinence de toutes les références et de tous les résumés d'articles issus de recherches électroniques, identifiés par la stratégie de recherche de la revue. Deux auteurs ont indépendamment évalué le texte intégral de tous les essais potentiellement pertinents pour l'éligibilité, extrait les données et évalué le risque de biais des études au moyen de l'outil « Risque de biais » de la Cochrane Collaboration. Nous avons demandé les données manquantes à un auteur mais les données n'étaient plus disponibles. Les résultats sont rapportés dans une description narrative : nous n'avons effectué aucune méta-analyse en raison de l'hétérogénéité des données disponibles.
Résultats principaux
Parmi les 470 articles initialement identifiés, 436 ont été exclus sur la base du titre et du résumé. Nous avons examiné 34 articles entiers à partir desquels quatre études rapportées dans cinq articles étaient éligibles à l'inclusion. Nous n'avons identifié aucun ECR ayant comparé l'ATX et l'AEAC. Nous n'avons identifié aucun ECR en cours.
Une étude croisée portant sur l'ATX (huit patients) a été exclue de l'analyse des résultats car les données issues de cette étude présentaient un risque élevé de biais. Les données issues des trois autres études présentaient toutes un risque incertain de biais dû à l'absence d'indications relatives à la méthodologie des études.
Trois études (deux portant sur l'ATX (12 à 56 patients), une portant sur l'AEAC (18 patients)) rapportées dans quatre articles (publiés de 1983 à 1995) ont été incluses dans la revue narrative. Les trois études avaient toutes comparé le médicament à un placebo.
Toutes les études ont rapporté un saignement, mais leurs modes de notification étaient différents. Les trois études ont toutes suggéré que les antifibrinolytiques avaient réduit le risque de saignement. La première étude a révélé une différence au niveau du score de saignement moyen de 42 dans le groupe sous placebo (P) contre 3 (ATX). La deuxième étude a révélé une différence uniquement au niveau des épisodes de saignement pendant la chimiothérapie de consolidation, avec une moyenne de 2,6 épisodes/patient (écart-type 2,2) (P) contre une moyenne de 1,1 épisodes/patient (écart-type 1,4) (ATX). La troisième étude a rapporté des saignements pendant 50 % des jours à risque (P) contre des saignements pendant 31 % des jours à risque (AEAC).
Deux études (68 patients) ont rapporté une thromboembolie et aucun événement ne s'est produit.
Les trois études ont toutes rapporté une réduction de l'utilisation des transfusions de plaquettes prophylactiques. La première étude a rapporté une différence de 222 unités de plaquettes (P) contre 69 unités de plaquettes (ATX). La deuxième étude a révélé une différence uniquement au niveau de l'utilisation totale de plaquettes pendant la chimiothérapie de consolidation, avec une moyenne de 9,3 unités (écart-type 3,3) (P) contre 3,7 unités (écart-type 4,1) (ATX). La troisième étude a rapporté une transfusion de plaquettes prophylactique tous les 10,5 jours à risque (P) contre une transfusion de plaquettes prophylactique tous les 13,3 jours à risque (AEAC).
Deux études ont rapporté des besoins de transfusions de globules rouges et une étude a révélé une réduction de l'utilisation des transfusions de globules rouges.
Une étude a rapporté un décès dû au saignement comme mesure d'un résultat et aucun ne s'est produit.
Une seule étude a rapporté des événements indésirables liés à l'ATX comme mesure d'un résultat et aucun ne s'est produit.
Aucune des études n'a rendu compte des critères de jugement prédéfinis suivants : mortalité globale, événements indésirables liés à la transfusion, coagulation intravasculaire disséminée (CID) ou qualité de vie (QoL).
Conclusions des auteurs
Pour les personnes atteintes de thrombocytopénie et d'hémopathies malignes, le TXA a probablement peu ou pas d'effet sur les saignements cliniquement significatifs (c'est-à-dire de grade 2 ou plus), et pourrait avoir peu ou pas d'effet sur les saignements graves ou mettant en jeu le pronostic vital (c'est-à-dire de grade 3 ou plus) ou sur toute thromboembolie. Les données probantes sont d’un niveau de confiance très faible en ce qui concerne la mortalité toutes causes confondues et les événements indésirables graves attribuables aux médicaments antifibrinolytiques.
Pour l’AEAC comparé à l'absence d'AEAC, les données sont insuffisantes pour évaluer les saignements cliniquement significatifs, les saignements mettant en jeu le pronostic vital, les thromboembolies, la mortalité toutes causes confondues et les événements indésirables graves.
Les personnes qui prennent des décisions concernant l'administration prophylactique de TXA aux personnes atteintes de thrombocytopénie et d'hémopathies malignes doivent tenir compte du fait que les données probantes actuelles ne montrent pas de bénéfice ou de risque pour le TXA dans la prévention des hémorragies cliniquement significatives ou mettant en jeu le pronostic vital.
Financement
Cette revue Cochrane n’a bénéficié d’aucun financement spécifique.
Enregistrement
Protocole (2012) : DOI: 10.1002/14651858.CD009733.
Revue originale (2013) : DOI: 10.1002/14651858.CD009733.pub2.
Mise à jour de la revue (2016) : DOI: 10.1002/14651858.CD009733.pub3.kljkj
Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien de Alang Wung (bénévole chez Cochrane France) et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr
Cette revue Cochrane a initialement été rédigée en anglais. L’exactitude de la traduction relève de la responsabilité de l’équipe de traduction qui la réalise. La traduction est réalisée avec soin et suit des processus standards pour garantir un contrôle qualité. Cependant, en cas d'incohérences, de traductions inexactes ou inappropriées, l'original en anglais prévaut.