Administration d'ambroxol aux femmes à risque d'accouchement prématuré en prévention du syndrome de détresse respiratoire néonatal

Il y a un manque de preuves apportées par des recherches scientifiques sur l'utilisation systématique de l'ambroxol chez les femmes à risque d'accouchement prématuré dans le but de prévenir le syndrome de détresse respiratoire (SDR) néonatal.

Le SDR est une maladie causée par un déficit en surfactants (substances réduisant la tension superficielle) dans les poumons des nouveau-nés. Ces substances gardent les alvéoles ouvertes aux extrémités des voies respiratoires et permettent ainsi à l'air d'entrer dans les poumons de sorte que le nouveau-né est capable de respirer et d'oxygéner le corps. Le syndrome de détresse respiratoire affecte principalement les nouveau-nés prématurés. Il existe plusieurs interventions pour l'éviter, par exemple l'administration à l'enfant de surfactant et de corticoïdes avant la naissance. L'ambroxol facilite l'élimination des sécrétions bronchiques et peut stimuler la production de surfactant. Son administration aux femmes enceintes pendant le travail prématuré peut protéger les nouveau-nés, avec moins d'effets indésirables maternels que la prise prénatale de corticoïdes. Les principaux effets secondaires de l'ambroxol sont des diarrhées, une irritation gastrique, des nausées, des vomissements et des maux de tête.

Nous n'avons pas relevé d'essais comparant l'ambroxol avec la dexaméthasone (corticoïde) dans cette revue. Nous n'avons pas non plus relevé d'essais comparant l'ambroxol combiné avec un corticoïde au corticoïde seul ou à un placebo/à l'absence de traitement. Nous avons identifié pour notre revue 14 petites études portant sur un total de 1 047 femmes (et leurs 1 077 nouveau-nés), comparant l'ambroxol avec un corticoïde (la bétaméthasone) ou avec un placebo ou l'absence de traitement. Trois de ces études ne rendaient pas compte des paramètres d'intérêt de cette revue. Les résultats de la revue reposent sur des preuves de qualité très faible à modérée.

Il y avait pas de preuve claire des différences dans l'incidence du SDR ou la mortalité périnatale parmi les nouveau-nés de femmes ayant reçu de l'ambroxol par rapport à ceux dont la mère avait reçu soit un corticoïde (bétaméthasone), soit un placebo ou aucun traitement. De même, il n'y avait pas de différence nette entre les groupes en termes de nausées et de vomissements (les seuls effets indésirables maternels qui ont été rapportés).

En ce qui concerne les critères d'évaluation secondaires de la revue, aucune des études incluses n'a rapporté l'incidence des dysplasies bronchopulmonaires, des hémorragies périventriculaires, des entérocolites nécrosantes, ni le taux de mortalité maternelle. Une petite étude (comparaison de l'ambroxol avec placebo/absence de traitement) n'a trouvé aucune différence entre les groupes pour les résultats néonatals de « nécessité d'une ventilation mécanique » ou « administration de surfactant pulmonaire ».

Les preuves sont insuffisantes pour appuyer ou récuser la pratique de donner de l'ambroxol aux femmes enceintes à risque d'accouchement prématuré afin de prévenir le SDR néonatal. De nouvelles recherches sont nécessaires dans ce domaine afin d'évaluer l'efficacité et l'innocuité de cette intervention.

Conclusions des auteurs : 

Cette revue s'appuie sur des preuves de qualité très faible à modérée tirées de 14 petits essais (dont beaucoup publiés sous forme de résumés de conférences, donnant un minimum de détails méthodologiques). Les preuves sont insuffisantes pour appuyer ou récuser l'administration d'ambroxol aux femmes enceintes à risque d'accouchement prématuré dans le but de prévenir le SDR néonatal, la mortalité périnatale et des effets indésirables. De nouvelles recherches sont nécessaires afin d'évaluer plus précisément les bénéfices et risques de cette intervention.

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Contexte : 

Le syndrome de détresse respiratoire (SDR) est provoqué par un déficit en surfactant pulmonaire (un agent actif qui maintient les alvéoles pulmonaires ouvertes et facilite l'entrée d'air dans les poumons, ce qui améliore l'oxygénation du nouveau-né).

Il existe plusieurs interventions pour l'éviter, par exemple l'administration à l'enfant de surfactant et de corticoïdes avant la naissance. L'ambroxol a été étudié comme un agent potentiel pour prévenir le SDR mais son efficacité et son innocuité n'ont pas encore été évaluées.

Objectifs : 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité de l'ambroxol administré aux femmes enceintes à risque d'accouchement prématuré dans le but de prévenir un SDR néonatal.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué notre recherche dans le registre d'essais du Groupe Cochrane sur la grossesse et l'accouchement (29 novembre 2013), CENTRAL (Bibliothèque Cochrane 2013, numéro 11), EMBASE (de 1988 à novembre 2013), MEDLINE (PubMed de 1970 à novembre 2013), LILACS (de 1982 à novembre 2013), le système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'OMS (novembre 2013) et les listes bibliographiques des études identifiées.

Critères de sélection : 

Essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l'administration d'ambroxol aux femmes enceintes à risque d'accouchement prématuré par rapport à un placebo, à la prise prénatale de corticoïdes (bétaméthasone ou dexaméthasone), ou à l'absence de traitement.

Nous n'avons pas relevé d'essais comparant l'ambroxol avec la dexaméthasone (un corticoïde) dans cette revue. Nous n'avons pas non plus identifié d'essais comparant l'ambroxol combiné avec un corticoïde au corticoïde seul ou à ou un placebo/à l'absence de traitement.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de revue ont évalué indépendamment les essais à inclure et leur qualité. Deux auteurs ont extrait les données indépendamment. L’exactitude des données a été vérifiée.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus 14 études (dans 18 rapports d'essais), portant sur 1 047 femmes enceintes à risque d'accouchement prématuré et 1 077 nouveau-nés. Toutefois, trois des études incluses ne rapportaient pas les paramètres d'intérêt de notre revue. Nous avons effectué deux comparaisons principales : ambroxol contre corticoïdes prénatals (bétaméthasone) et ambroxol contre placebo ou aucun traitement. Sept ECR ont fourni des données pour nos comparaisons de l'ambroxol avec un corticoïde (bétaméthasone) et deux autres les données pour la comparaison de l'ambroxol avec un placebo ou l'absence de traitement.

Le risque de biais des études incluses a été globalement jugé « faible » ou « incertain » (parce que les rapports d'essais ne donnaient pas suffisamment de précisions sur les méthodes de génération de séquence, de dissimulation de la répartition et de mise en insu).

Résultats principaux

Il n'y avait pas de preuve claire d'une différence dans l'incidence du SDR chez les nouveau-nés des femmes ayant reçu de l'ambroxol par rapport à ceux de femmes ayant pris de la bétaméthasone (risque relatif (RR) 0,79, intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,59 à 1,07, sept ECR, 728 femmes/758 nouveau-nés, preuves de qualité modérée) ou un placebo/aucun traitement (RR moyen 0,74 ; IC à 95 % de 0,46 à 1,20, deux études, 204 femmes/204 nouveau-nés, T2 = 0,07 ; I2= 53 %, preuves de faible qualité). Les résultats étaient imprécis et suggéraient aussi bien un avantage appréciable qu'un effet négligeable.

De même, il n'y avait pas de preuve claire d'une différence dans les taux de mortalité périnatale entre le groupe de femmes ayant reçu de l'ambroxol ou le groupe corticoïde (bétaméthasone) (RR 0,51, IC à 95 % de 0,23 à 1,12, six études, 648 femmes/657 nouveau-nés, preuves de qualité modérée) ou le groupe placebo/aucun traitement (RR 0,61 ; IC à 95 % de 0,19 à 1,98, une étude, 116 femmes/116 nouveau-nés, preuves de faible qualité).

En termes d'effets indésirables maternels, il n'y avait pas de différences claires (pour les nausées ou vomissements) entre les femmes ayant reçu ambroxol et celles qui ont reçu des corticostéroïdes (bétaméthasone) (RR moyen 3,45 ; IC à 95 % de 0,34 à 35,51, trois études, 305 femmes, T2= 2,82 ; I2= 67 %, preuves de très faible qualité) ou un placebo ou aucun traitement (RR 1,79 ; IC à 95 % de 0,45 à 7,13, une étude, 116 femmes, preuves de faible qualité). Aucun effet indésirable (par ex. diarrhée, irritation gastrique et maux de tête) n'a été rapporté dans les études incluses.

Résultats secondaires

En ce qui concerne les critères d'évaluation secondaires de la revue, aucune des études incluses n'a rapporté l'incidence des dysplasies bronchopulmonaires, des hémorragies périventriculaires, des entérocolites nécrosantes, ni le taux de mortalité maternelle.

Un petit essai (88 femmes) comparant l'ambroxol avec un placebo ou aucun traitement ne signale aucune différence entre les groupes en termes de nécessité d'une ventilation mécanique pour le nouveau-né (RR 0,94 ; IC à 95 % de 0,73 à 1,21, 88 femmes/88 enfants, preuves de faible qualité) ou d'administration de surfactant pulmonaire (RR 1,19 ; IC à 95 % de 0,61 à 2,30, un ECR, 88 femmes/88 enfants, preuves de faible qualité).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Cochrane France

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