Les décongestionnants nasaux utilisés seuls soulagent-ils les symptômes du rhume ?

Question de la revue

Nous avons voulu savoir si les décongestionnants nasaux, utilisés seuls, pouvaient atténuer les symptômes de congestion nasale chez les personnes enrhumées.

Contexte

Bien qu’il soit sans gravité, le rhume est une maladie fréquente, responsable de nombreuses consultations médicales et de jours d’absence au travail ou à l’école. Les symptômes du rhume comprennent un écoulement nasal, des maux de gorge et des éternuements, qui peuvent persister jusqu’à deux semaines. Il n’existe aucun remède pour traiter le rhume ; le traitement sert uniquement à soulager les symptômes. De nombreuses personnes utilisent des médicaments sans ordonnance, tels que des décongestionnants nasaux, pour traiter les symptômes du rhume. Cependant, il n’existe que très peu de données probantes concernant l’efficacité réelle des décongestionnants nasaux. Nous avons voulu savoir si les décongestionnants nasaux soulageaient la congestion causée par le rhume.

Nous avons pris en compte les études qui utilisaient un décongestionnant nasal comme seul traitement du rhume. Nous avons examiné les symptômes subjectifs de congestion, autrement dit les symptômes et le bien-être général rapportés par les patients.

Date de la recherche

Nous avons recherché des études en juillet 2016.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus 15 études portant sur 1838 participants, dont 14 uniquement sur des adultes âgés de 18 ans ou plus. Six études utilisaient une dose unique de décongestionnant nasal et mesuraient ses effets le jour de l’administration. Neuf études utilisaient des doses multiples et mesuraient leurs effets entre 1 et 10 jours après la première administration. Onze études utilisaient des comprimés ou du sirop et quatre études des pulvérisations nasales. Huit études ont été réalisées dans des universités, trois dans des universités en collaboration avec des hôpitaux et deux dans des hôpitaux. L’environnement de deux études n'était pas précisé.

Sources de financement des études

Neuf études ont été financées par des laboratoires pharmaceutiques ou des agences ayant des intérêts commerciaux dans leurs résultats. Les sources de financement n’était pas précisées dans six études.

Principaux résultats

Nous n’avons pas été en mesure de tirer des conclusions concernant la dose unique de décongestionnant nasal. Nous avons trouvé un petit bénéfice dans le soulagement de la congestion nasale avec les doses multiples, sans pouvoir toutefois établir si cela était bénéfique pour les patients. Aucune étude n’a rapporté le bien-être global des patients. Il n’y avait aucune différence dans le nombre d’événements indésirables entre les personnes ayant utilisé un décongestionnant nasal et celles qui n’en avaient pas utilisé. Nous n’avons pas pu déterminer s’il existait une différence en termes d’effets entre les comprimés de décongestionnant et les vaporisateurs nasaux. Les résultats concernent des adultes ; il n’y avait aucune preuve de l’efficacité ou de l’innocuité des décongestionnants nasaux pour les enfants.

Qualité des données probantes

Nous avons jugé que la qualité des données probantes relatives aux symptômes subjectifs du rhume était mauvaise dans les études à doses multiples : il y avait peu de données et la notification était imprécise. Nous avons également jugé que la qualité des données probantes concernant les événements indésirables était mauvaise en raison du manque de clarté de la notification et de l'imprécision des estimations (les intervalles de confiance, qui mesurent l’incertitude statistique, étaient larges).

Conclusions des auteurs : 

Nous n’avons pas été en mesure de tirer des conclusions sur l’efficacité d’une dose unique de décongestionnant nasal en raison du faible volume de données probantes disponibles. Pour les doses multiples de décongestionnant, les données actuelles suggèrent qu’elles pourraient avoir un petit effet positif sur les mesures subjectives de la congestion nasale chez les adultes enrhumés. Cependant, la pertinence clinique de ce petit effet est inconnue et il n’y a pas suffisamment de données probantes de bonne qualité pour tirer des conclusions définitives. En raison du petit nombre d’études qui utilisaient un décongestionnant nasal topique, nous n’avons pas été en mesure de tirer des conclusions sur l’efficacité des décongestionnants topiques en comparaison avec les formes orales. Les décongestionnants nasaux ne semblent pas augmenter le risque d’événements indésirables chez l’adulte à court terme. L’efficacité et l’innocuité des décongestionnants nasaux chez l’enfant et la pertinence clinique de leur petit effet chez l’adulte restent encore à déterminer.

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Contexte : 

Il existe de nombreux traitements contre le rhume, vendus sans ordonnance. Les données probantes concernant l’efficacité et l’innocuité des décongestionnants nasaux sont toutefois limitées.

Objectifs : 

Évaluer l’efficacité et l’innocuité à court et à long terme des décongestionnants nasaux utilisés en monothérapie pour soulager les symptômes du rhume chez l'adulte et l'enfant.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL, numéro 6, juin 2016), qui contient le registre sur les infections respiratoires aiguës (IRA), MEDLINE (de 1946 à juillet 2016), EMBASE (de 2010 au 15 juillet 2016), CINAHL (de 1981 au 15 juillet 2016), LILACS (de 1982 à juillet 2016), Web of Science (de 1955 à juillet 2016) et des registres d’essais cliniques.

Critères de sélection : 

Essais contrôlés randomisés (ECR) et ECR en grappe examinant l’efficacité et les effets indésirables des décongestionnants nasaux par rapport à un placebo pour le traitement du rhume chez l’adulte et l’enfant. Nous avons exclu les quasi-ECR.

Recueil et analyse des données : 

Trois auteurs de la revue ont extrait et résumé indépendamment les données sur les mesures subjectives de la congestion nasale, le score de bien-être global des patients, les mesures objectives de la résistance des voies nasales, les effets indésirables et la guérison globale. Un auteur de la revue a joué le rôle d’arbitre en cas de désaccord. Nous avons séparé les essais à dose unique et doses multiples et analysé les données séparément et en les regroupant. Nous avons également analysé les études utilisant un décongestionnant nasal oral ou topique séparément et ensemble.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus 15 essais totalisant 1838 participants. Quatorze études incluaient seulement des participants adultes (âgés de 18 ans et plus). Dans six études, l’intervention était une dose unique et dans neuf études des doses multiples. Neuf études utilisaient la pseudoéphédrine et trois études l’oxymétazoline. Les autres décongestionnants inclus comprenaient la phénylpropanolamine, la noréphédrine et la xylométazoline. La phénylpropanolamine (ou noréphédrine) n’est plus disponible sur le marché et nous n’avons donc pas inclus les résultats des études la concernant dans les méta-analyses. Onze études utilisaient des décongestionnants par voie orale et quatre études des décongestionnants topiques.

Les participants ont été inclus après avoir contracté un rhume. La durée des symptômes différait selon les études ; dans 10 études, les participants présentaient des symptômes depuis moins de trois jours, dans trois études depuis moins de cinq jours, une étude comptait le nombre de rhumes sur un an et une autre étudiait des rhumes provoqués expérimentalement. Dans les études à dose unique, l’efficacité d’un décongestionnant nasal a été mesurée le jour même, alors que le suivi dans les études à doses multiples variait entre 1 et 10 jours.

La plupart des études ont été réalisées dans des environnements universitaires (N = 8) et 6 dans un centre universitaire spécifique consacré au rhume. Trois études ont été menées dans une université en collaboration avec un hôpital et deux dans un contexte hospitalier uniquement. Dans deux études, l’environnement n’était pas précisé.

Il y a eu des différences considérables dans le compte-rendu des résultats, et la notification des méthodes était limitée dans la plupart des études. Par conséquent, nous avons jugé que la plupart des études présentaient un risque de biais faible ou incertain. Le regroupement a été possible pour un nombre limité d’études seulement ; les mesures d’effet sont exprimées sous forme de différences moyennes standardisées (DMS), une DMS positive représentant une amélioration de la congestion. Aucune différence cliniquement significative minimale n’a été définie pour les mesures d’amélioration subjective de la congestion nasale, et nous nous sommes donc guidés sur les DMS pour évaluer si la taille des effets était petite (0,2 à 0,49), moyenne (0,5 à 0,79) ou grande (≥ 0,8).

Dose unique de décongestionnant en comparaison avec un placebo : 10 études ont comparé une dose unique de décongestionnant nasal à un placebo et testé son efficacité entre 15 minutes et 10 heures après l’administration. Sept de ces 10 études rapportaient des scores de symptômes subjectifs pour la congestion nasale ; aucune n’a rapporté le bien-être global du patient. Cependant, aucune synthèse n’a été possible en raison de la grande diversité des mesures et des notifications des symptômes de congestion. Deux études ont enregistré les événements indésirables. Toutes deux utilisaient un décongestionnant par voie orale et chacune a montré qu’il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre le nombre d’événements indésirables dans le groupe de traitement et dans le groupe placebo.

Doses multiples de décongestionnant en comparaison avec un placebo : neuf études comparaient des doses multiples de décongestionnant nasal à un placebo, mais seulement cinq ont rendu compte du principal critère d’évaluation : les scores de symptômes subjectifs pour la congestion nasale. Une seule étude utilisait un décongestionnant topique ; aucune n’a rapporté le bien-être global des patients. Les mesures subjectives de la congestion ont été significativement meilleures dans le groupe de traitement qu’avec un placebo environ trois heures après la dernière dose (DMS 0,49, intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,07 à 0,92 ; P = 0,02 ; GRADE : données de mauvaise qualité). Cependant, la DMS de 0,49 n’indique qu’un petit effet clinique. Le regroupement était basé sur deux études, une par voie orale et un topique, et nous n’avons donc pas pu évaluer séparément les effets des décongestionnants oraux et topiques. Sept études rapportaient des événements indésirables (six décongestionnants oraux et un topique) ; la méta-analyse a montré qu’il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre le nombre d’événements indésirables dans le groupe de traitement (125 pour 1000) et le groupe sous placebo (126 pour 1000). Le rapport des cotes (RC) pour les événements indésirables dans le groupe de traitement était de 0,98 (IC à 95 % de 0,68 à 1,40 ; P = 0,90 ; GRADE : données de mauvaise qualité). Les résultats sont demeurés les mêmes lorsque nous avons uniquement pris en compte les études utilisant un décongestionnant oral (RC 0,95, IC à 95 % de 0,65 à 1,39 ; P = 0,80 ; GRADE : données de mauvaise qualité).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

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