L'halopéridol comme moyen pour calmer les personnes agressives ou agitées en raison d'une psychose

Objectif de la revue

Cette revue a cherché à savoir si l'halopéridol est efficace pour traiter les personnes agitées et agressives du fait d'une psychose.

Contexte

Les personnes ayant des psychoses peuvent entendre des voix (hallucinations) ou avoir des pensées anormales (délires), qui peuvent les effrayer, les bouleverser et les énerver (agitation, excitation ou irritabilité), ce qui conduit parfois à un comportement agressif. Ce risque constitue un défi de taille pour les professionnels en santé mentale qui doivent rapidement sélectionner le meilleur traitement disponible pour prévenir les risques pour le patient ou d'autres personnes.

L'halopéridol est un médicament utilisé pour traiter les personnes ayant des psychose et il peut être pris par voie orale ou au travers d'une injection. En plus d'être un antipsychotique (un traitement de prévention des psychoses), il calme également les personnes ou les aide à s'endormir.

Recherches

En 2011 et en 2016, le spécialiste de l'information du groupe Cochrane sur la schizophrénie a effectué des recherches dans son registre spécialisé contenant des essais randomisés ayant examiné les effets de l'administration d'halopéridol par rapport à un placebo ou à d'autres traitements pour les personnes agressives ou agitées en raison d'une psychose.

Résultats

Quarante-et-une études sont désormais incluses dans la revue, mais les informations contenues dans celles-ci sont de faible qualité. Les principaux résultats montrent que, par rapport à un placebo ou à l'absence de traitement, un plus grand nombre de personnes ayant reçu de l'halopéridol étaient endormies après deux heures. Cependant, ces preuves ne sont pas solides. Les résultats sont d'autant plus complexes en raison du grand nombre de traitements disponibles (24 comparaisons).

Conclusions

Les auteurs de la revue concluent qu'il existe peu de preuves indiquant que l'halopéridol calme les personnes agitées et facilite la gestion des situations difficiles. Cependant, ces conclusions ne sont pas basées sur des études de bonne qualité et, par conséquent des recommandations claires pour les professionnels de santé et pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale font défaut. Dans certaines situations, l'halopéridol peut être la seule option, mais cette option est loin d'être idéale car même si l'halopéridol est efficace pour calmer les personnes, il comporte des effets secondaires (tels que de l'agitation, des tremblements de la tête, des mains et du corps et des problèmes cardiaques). Ces effets secondaires peuvent être autant problématiques que la psychose et peuvent représenter un obstacle réduisant le nombre de personnes revenant chercher un traitement. Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin d'évaluer et de comprendre quels médicaments sont les plus efficaces pour calmer les gens, ont le moins d'effets secondaires ; fonctionnent le plus rapidement et peuvent être administrés à des doses plus faibles (ou injectés moins fréquemment).

Ce résumé en langage simplifié est basé sur un résumé écrit par un consommateur, Ben Gray de Rethink.

Conclusions des auteurs : 

Des données supplémentaires issues de nouvelles études n'ont pas modifié les précédentes conclusions de cette revue. Lorsqu'aucune autre solution n'existe, l'administration intramusculaire d'halopéridol seul peut être vitale. Lorsque d'autres médicaments sont disponibles, l'administration d'halopéridol seul en cas d'extrême urgence pourrait être considérée comme contraire à l'éthique. L'ajout de prométhazine est corroboré par des preuves issues de meilleurs essais randomisés. L'utilisation d'un autre médicament antipsychotique n'est que partiellement étayée par des données fragmentées et peu fiables. Il n'y a pas de preuves solides indiquant un bénéfice associé à l'ajout de benzodiazépines à l'halopéridol et celles-ci mènent à des risques supplémentaires.

Après six décennies d'utilisation de l'halopéridol comme tranquillisant rapide en cas d'urgence, il existe encore un besoin d'essais indépendants et de bonne qualité réalisés dans des conditions représentatives de la pratique courante.

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Contexte : 

L'halopéridol employé seul est recommandé pour calmer les situations en cas d'agressivité ou d'agitation chez des personnes ayant une psychose. Celui-ci est largement répandu et peut être le seul antipsychotique disponible dans certaines régions aux ressources limitées.

Objectifs : 

Examiner si l'halopéridol seul est un traitement efficace pour l'agressivité ou l'agitation en raison d'une psychose lorsque les cliniciens doivent intervenir pour prévenir des risques de préjudice pour le patient ou d'autres personnes.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais du groupe Cochrane sur la schizophrénie (le 26 mai 2016). Ce registre est constitué par des recherches systématiques dans de grandes ressources (y compris AMED, BIOSIS CINAHL, Embase, MEDLINE, PsycINFO, PubMed, et des registres d'essais cliniques) ainsi que par des mises à jour mensuelles, des recherches manuelles, des recherches de la littérature grise et dans des actes de conférence, sans restriction de langue, de date, de type de document ou de statut de publication pour l'inclusion des entrées dans le registre.

Critères de sélection : 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) portant sur des personnes présentant une agressivité et/ou une agitation supposée être due à une psychose, évaluant l'usage rapide d'halopéridol seul (par n'importe quelle voie), par rapport à tout autre traitement. Les critères de jugement incluaient la tranquillisation ou l'endormissement après 30 minutes, le besoin répété de tranquillisations rapides dans les 24 heures, des comportements spécifiques (les menaces ou blessures à autrui/à soi-même) et les effets indésirables. Nous avons inclus les essais répondant à nos critères de sélection et fournissant des données utilisables.

Recueil et analyse des données : 

Nous avons indépendamment examiné toutes les références identifiées à partir des recherches, les résumés pertinents, et extrait les données de toutes les études incluses. Pour les données binaires, nous avons calculé le risque relatif (RR) ; pour les données continues nous avons calculé la différence moyenne (DM) et pour les critères de jugement cognitifs nous avons déduit la différence moyenne standardisée (DMS) de l'ampleur de l'effet, en présentant toujours les intervalles de confiance à 95 % (IC) et à l'aide d'un modèle à effets fixes. Nous avons évalué le risque de biais des études incluses et utilisé l'approche GRADE pour produire un tableau « Résumé des résultats » incluant nos principaux critères de jugement prédéfinis.

Résultats principaux : 

Nous avons trouvé neuf nouveaux ECR dans la mise à jour des recherches réalisées en 2016, pour un total de 41 études incluses et de 24 comparaisons. Peu d'études ont été réalisées dans des conditions reflétant la pratique courante, et, sauf exceptions notables, la plupart étaient de petite taille et comportaient un risque considérable de biais. En raison du grand nombre de comparaisons, nous pouvons seulement présenter un résumé des principaux résultats.

Par rapport au placebo, davantage de personnes dans le groupe recevant de l'halopéridol étaient endormies après deux heures (2 ECR, n = 220, RR de 0,88, IC à 95 % 0,82 à 0,95, preuves de très faible qualité) et ont présenté une dystonie (2 ECR, n = 207, RR de 7,49, IC à 95 % 0,93 à 60,21, preuves de très faible qualité).

En comparaison avec l'aripiprazole, les participants dans le groupe recevant de l'halopéridol ont eu besoin de moins d'injections que ceux du groupe aripiprazole (2 ECR, n = 473, RR de 0,78, IC à 95 % 0,62 à 0,99, preuves de faible qualité). Davantage de participants dans le groupe recevant de l'halopéridol ont présenté une dystonie (2 ECR, n = 477, RR de 6,63, IC à 95 % 1,52 à 28,86, preuves de très faible qualité).

Quatre essais (n = 207) ont comparé l'halopéridol et le lorazépam et aucune différence significative en ce qui concerne le nombre de participants endormis après une heure (1 ECR, n = 60, RR de 1,05, IC à 95 % 0,76 à 1,44, preuves de très faible qualité) ou le nombre de participants nécessitant des injections supplémentaires (1 ECR, n = 66, RR de 1,14, IC à 95 % 0,91 à 1,43, preuves de très faible qualité) n'a été identifiée.

Les effets indésirables de l'halopéridol n'ont pas été annulés par l'ajout de lorazépam (par ex. la dystonie 1 ECR, n = 67, RR de 8,25, IC à 95 % 0,46 à 147,45, preuves de très faible qualité).

L'ajout de prométhazine a été étudié dans deux essais (n = 376). Davantage de participants dans le groupe recevant de l'halopéridol seul n'étaient ni tranquilles, ni endormis après 20 minutes (1 ECR, n = 316, RR de 1,60, IC à 95 % 1,18 à 2,16, preuves de qualité modérée). Les dystonies aiguës étaient trop fréquentes dans le groupe recevant de l'halopéridol seul pour poursuivre l'essai au-delà de l'analyse intermédiaire (1 ECR, n = 316, RR de 19,48, IC à 95 % 1,14 à 331,92, preuves de faible qualité).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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