Traitement médicamenteux contre l’élévation du taux d’acide urique chez les sujets souffrant d’hypertension artérielle

Contexte

L’acide urique est le produit final naturel de la dégradation des tissus de l’organisme et des aliments absorbés, notamment des protéines. Il est généralement extrait du sang par les reins et éliminé de l’organisme dans l’urine. Toutefois, s’il est produit en quantité trop importante ou si les reins ne peuvent pas le filtrer dans le sang de la manière habituelle, le taux sanguin d’acide urique augmente : on parle d’hyperuricémie. Un lien entre l’hyperuricémie et l’hypertension artérielle (un problème de santé majeur dans le monde) a été reconnu dès le XIXème siècle. Il existe aujourd’hui davantage de données démontrant l’importance de ce lien. L’objectif de cette revue était d’évaluer si la réduction du taux d’acide urique dans le sang pourrait également faire baisser la tension artérielle. Une telle approche pourrait constituer un nouvel objectif et/ou une option thérapeutique pour les personnes souffrant d’hypertension.

Caractéristiques de l'étude

Dans cette mise à jour d’une précédente revue, nous avons examiné les résumés de 349 références et sélectionné 21 de celles-ci pour l’évaluation. Seules trois études étaient éligibles pour l’inclusion, dont deux n’avaient pas été identifiées dans une revue précédente sur ce sujet. Les études de cette revue ont été réalisées aux États-Unis et portaient sur des adolescents et des adultes. Leur objectif était de comparer le traitement médicamenteux de réduction de l’acide urique à un contrôle par placebo chez des individus porteurs d’une hypertension artérielle diagnostiquée.

Ce que disent les recherches

Nous avons trouvé que le traitement médicamenteux pour abaisser le taux d’acide urique n’avait pas entraîné une réduction significative de la tension artérielle chez les personnes présentant une hyperuricémie et une hypertension artérielle, par rapport à un placebo. Le traitement médicamenteux a donné de meilleurs résultats que le placebo pour réduire le taux sanguin d’acide urique. Les arrêts prématurés en raison d’effets secondaires n’étaient pas plus nombreux avec le traitement médicamenteux mais, dans une étude, un patient a arrêté le traitement en raison d’une réaction cutanée sévère.

Par conséquent, il n’existe pas suffisamment de données probantes pour démontrer que l’utilisation de médicaments pour réduire le taux d’acide urique dans le sang ferait également baisser la tension artérielle chez les sujets souffrant d’hypertension. D’autres recherches sur cette question sont nécessaires. N’ayant pu inclure que trois études dans notre revue, nous ne pouvons pas être certains que les études futures ne modifieront pas ces conclusions.

Qualité des données probantes

Dans l’ensemble, il existe des données de mauvaise qualité qui ne prouvent pas qu’un traitement médicamenteux contre l’élévation du taux d’acide urique réduise la tension artérielle. Les études incluses dans cette revue présentaient des résultats divergents sur ce critère de jugement. En outre, nous avons trouvé des données probantes de bonne qualité montrant que le traitement médicamenteux réduisait effectivement le taux d’acide urique. Enfin, il existe des données de très mauvaise qualité qui ne prouvent pas qu’un traitement médicamenteux augmente les arrêts prématurés en raison d’effets secondaires. Les principales raisons de cette qualité insuffisante sont des problèmes liés au plan d’étude, le manque des données et des résultats divergents entre les études.

Conclusions des auteurs : 

Dans cette revue systématique mise à jour, les données des ECR actuellement disponibles sont insuffisantes pour déterminer si le traitement visant à réduire l’uricémie fait également baisser la tension artérielle. D’autres études sont nécessaires.

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Contexte : 

L’hypertension artérielle représente un problème majeur de santé publique. Dans le monde, environ un quart de la population adulte souffre d’hypertension. Des études épidémiologiques et expérimentales suggèrent qu’il existe un lien entre l’hyperuricémie et l’hypertension. L’hyperuricémie touche 25 % à 40 % des personnes atteintes d’hypertension non traitée ; une prévalence nettement inférieure a été rapportée chez les personnes normotendues ou dans la population générale. Il reste toutefois à déterminer si la réduction de l’acide urique sérique pourrait faire baisser la tension artérielle.

Objectifs : 

Déterminer si les médicaments réduisant l’uricémie font baisser la tension artérielle chez des patients souffrant d’hypertension primitive ou de préhypertension par rapport à un placebo.

Stratégie de recherche documentaire : 

Le Spécialiste des informations du Groupe Cochrane sur l’hypertension a effectué des recherches dans les bases de données suivantes jusqu’à février 2016 pour trouver des essais contrôlés randomisés : registre spécialisé du groupe Cochrane sur l’hypertension artérielle, registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (2016, numéro 2), MEDLINE (à partir de 1946), Embase (à partir de 1974), Système d'enregistrement international des essais cliniques de l’OMS (ICTRP) et ClinicalTrials.gov. Nous avons également consulté LILACS jusqu’à mars 2016 et contacté les auteurs des articles pertinents pour savoir s’il existait d’autres travaux, publiés ou non.

Critères de sélection : 

Pour être incluses dans cette revue, les études devaient répondre aux critères suivants : 1) essais randomisés ou quasi-randomisés, avec un groupe assigné à un agent réduisant l’uricémie et un groupe placebo ; 2) essais en double aveugle, en simple aveugle ou ouverts ; 3) essais en parallèle ou croisés ; 4) les essais croisés devaient avoir une période d’épuration d’au moins deux semaines ; 5) durée de traitement de quatre semaines au minimum ; 6) diagnostic d’hypertension essentielle ou de préhypertension ainsi que d’hyperuricémie (acide urique sérique supérieur à 6 mg/dl pour les femmes, 7 mg/dl pour les hommes et 5,5 mg/dl pour les enfants et adolescents) ; 7) les mesures des critères de jugement évalués devaient inclure les changements de la TA clinique, systolique ou diastolique ou sur 24 heures en ambulatoire.

Recueil et analyse des données : 

Les deux auteurs de la revue ont recueilli indépendamment les données à l’aide d’un formulaire d’extraction de données et résolu les désaccords par la discussion. Nous avons évalué le risque de biais à l’aide de l’outil d’évaluation du risque de biais de la Collaboration Cochrane.

Résultats principaux : 

Dans cette revue mise à jour, nous avons examiné les résumés de 349 articles identifiés et sélectionné 21 articles pour l’évaluation. Nous avons également identifié trois études en cours, dont les résultats ne sont pas encore disponibles. Trois autres essais contrôlés randomisés (ECR) (dont deux nouveaux), portant sur des individus souffrant d’hypertension ou de préhypertension et d’hyperuricémie, remplissaient les critères d’inclusion de la revue et ont été inclus dans la méta-analyse. Des données de mauvaise qualité issues de trois ECR n’indiquent aucune réduction de la TA systolique ambulatoire sur 24 heures (DM de -6,2 mmHg, IC à 95 % de -12,8 à 0,5) ou diastolique (-3,9 mmHg, IC à 95 % de -9,2 à 1,4) avec un médicament réduisant l’acide urique par rapport à un placebo. Des données de mauvaise qualité issues de deux ECR ont mis en évidence une réduction de la TA systolique clinique (-8,43 mmHg, IC à 95 % de -15,24 à -1,62), mais pas de la TA diastolique (-6,45 mmHg, IC à 95 % de -13,60 à 0,70). Des données probantes de bonne qualité issues de trois ECR indiquent que le taux sérique d’acide urique a été réduit de 3,1 mg/dl (IC à 95 % de 2,4 à 3,8) chez les participants ayant reçu des médicaments visant à le faire baisser. Des données de très mauvaise qualité issues de trois ECR suggèrent que les arrêts prématurés en raison d’effets indésirables n’ont pas augmenté avec la thérapie visant à réduire l’uricémie (RR 1,86, IC à 95 % de 0,43 à 8,10).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

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