Interventions chirurgicales pour un décollement de rétine rhegmatogène

Problématique de recherche
Dans cette revue systématique, nous avons cherché à déterminer laquelle, entre la rétinopexie pneumatique et l'indentation sclérale, constituait un meilleur traitement chirurgical pour un décollement de rétine rhegmatogène (DRR).

Contexte
Lors d'un décollement rétinien, la rétine ou la membrane sensible à la lumière à l'arrière de l'œil se détache de la couche sous-jacente qui la rattache à la paroi interne de l'arrière de l'œil. On parle de décollement rhegmatogène (DRR) lorsque le détachement résulte d'une rupture ou d'une déchirure rétinienne, généralement due à la traction de la vitrée, la substance qui remplit l'intérieur de l'œil.

Trois interventions chirurgicales sont utilisées pour réparer les ruptures rétiniennes dans le DRR : la rétinopexie pneumatique, l'indentation sclérale et la vitrectomie. Dans la rétinopexie pneumatique, une bulle de gaz est injectée dans la cavité vitréenne à l'intérieur de l'œil afin de créer un joint mécanique (tamponnade) contre la rupture rétinienne jusqu'à ce que celle-ci puisse être obturée par la chaleur (laser) ou le froid (cryothérapie). L'indentation sclérale consiste à appliquer une pression locale à la rupture rétinienne en suturant un matériau sur la partie externe de l'œil (sclérotique) afin de la déformer vers l'intérieur. Enfin, dans la vitrectomie, l'humeur vitrée est retirée pour soulager la traction exercée sur la rétine et une tamponnade gazeuse peut être utilisée pour faciliter la cicatrisation.

Caractéristiques des études
Nous avons trouvé deux essais randomisés qui avaient recruté un total de 216 participants (218 yeux) en Irlande et aux États-Unis. Ces deux études évaluaient si la rétinopexie pneumatique ou l'indentation sclérale était un meilleur traitement du DRR. L'étude américaine portait sur 198 participants suivis pendant 6 mois à 2 ans. L'étude irlandaise portait sur 20 participants suivis pendant 5 à 27 mois. Les preuves sont à jour jusqu'au 13 janvier 2015.

Résultats principaux
Les résultats de ces deux études suggèrent que l'indentation sclérale pourrait être plus ou aussi efficace que la rétinopexie pneumatique en termes de taux de rattachement et de réduction du risque de récidive de décollement. Peu d'événements indésirables oculaires sont survenus au cours de l'une ou l'autre procédure, et il n'a pas été possible de définir des différences dans certains effets indésirables survenus après l'opération. Davantage d'yeux dans le groupe d'indentation sclérale présentaient un décollement choroïdien (lorsque la choroïde, ou la couche entre la rétine et la sclérotique, se détache de la sclérotique) et une myopie acquise (myopisation qui peut être un signe évocateur du développement d'une cataracte) que dans le groupe de rétinopexie pneumatique.

Qualité des preuves
La qualité des preuves a été évaluée comme étant faible à modérée en raison de comptes-rendus insuffisants des méthodes d'étude. En outre, il y manquait des informations sur des critères de jugement importants qui pourraient être utiles lors du choix de la procédure à utiliser en termes de la vision, de la qualité de vie et du coût.

Conclusions des auteurs : 

Même si les données suggèrent que la rétinopexie pneumatique pourrait entraîner des taux de rattachement plus faibles et des taux de récurrence plus élevés que l'indentation sclérale sur les yeux souffrant de DRR, elles n'excluent pas l'absence de différence entre ces deux procédures. L'innocuité relative de ces procédures est incertaine et leurs effets relatifs en termes d'autres critères de jugement importants pour les patients, tels que l'acuité visuelle et la qualité de vie, sont inconnus. Les données de comparaison disponibles sur les procédures de rétinopexie pneumatique et d'indentation sclérale étant limitées, de futures recherches sont nécessaires pour combler ces lacunes dans les données probantes.

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Contexte : 

Un décollement de rétine rhegmatogène (DRR) est une rupture complète de la rétine sensorielle, causée par une traction vitréenne sur la rétine. Les interventions chirurgicales acceptées pour les yeux atteints de DRR sont la rétinopexie pneumatique, l'indentation sclérale et la vitrectomie, mais leur efficacité relative est controversée.

Objectifs : 

L'objectif de cette revue était d'évaluer l'efficacité et l'innocuité de la rétinopexie pneumatique par rapport à l'indentation sclérale, ou par rapport à un traitement combinant l'indentation sclérale et une vitrectomie, chez les personnes atteintes de DRR. L'objectif secondaire était de résumer toute donnée sur des mesures économiques et la qualité de vie.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL (qui contient le registre des essais du groupe Cochrane sur l'ophtalmologie) (2014, numéro 12), Ovid MEDLINE, Ovid MEDLINE In-Process and Other Non-Indexed Citations, Ovid MEDLINE Daily, Ovid OLDMEDLINE (de janvier 1946 à janvier 2015), EMBASE (de janvier 1980 à janvier 2015), la base de données sur les sciences de la santé en Amérique latine et dans les Caraïbes (LILACS) (de janvier 1982 à janvier 2015), le registre ISRCTN (www.isrctn.com/editAdvancedSearch), ClinicalTrials.gov (www.clinicaltrials.gov) et le système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) (www.who.int/ictrp/search/en). Nous n'avons appliqué aucune restriction concernant la langue ou la date dans les recherches électroniques d'essais. Les dernières recherches dans les bases de données électroniques remontent au 13 janvier 2015.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus tous les essais contrôlés randomisés ou quasi randomisés comparant l'efficacité de la rétinopexie pneumatique par rapport à l'indentation sclérale (avec ou sans vitrectomie) sur des yeux atteints de DRR.

Recueil et analyse des données : 

Après avoir examiné l'éligibilité des études, deux auteurs de la revue en ont indépendamment extrait les données sur les caractéristiques, les méthodes et les critères de jugement. Nous avons respecté les normes de revue systématique définies par la Collaboration Cochrane.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus deux essais contrôlés randomisés (218 yeux de 216 participants) comparant l'efficacité de la rétinopexie pneumatique par rapport à l'indentation sclérale sur des yeux atteints de DRR. Nous n'avons identifié aucune étude comparant la rétinopexie pneumatique par rapport à un traitement combinant l'indentation sclérale et la vitrectomie. Sur les deux études incluses, la première était de petite taille, portant sur 20 participants recrutés en Irlande et suivis pendant une durée moyenne de 16 mois. La deuxième étude était plus grande, avec 196 participants (198 yeux) recrutés aux États-Unis qui ont été suivis pendant au moins 6 mois. La prudence est de mise dans l'interprétation des résultats, étant donné que nous avons classé les preuves comme étant de qualité faible à modérée en raison d'insuffisances dans les comptes-rendus des méthodes d'étude ainsi que de l'imprécision et du manque de cohérence des résultats.

Les deux études ont mis en évidence une moindre proportion d'yeux achevant le rattachement de la rétine dans le groupe de rétinopexie pneumatique, en comparaison avec le groupe d'indentation sclérale à six mois de suivi (risque relatif (RR) 0,89 ; intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,77 à 1,02 ; 218 yeux) ; cependant, nous ne savons pas si l'intervention a un effet important sur le rattachement parce que les résultats sont imprécis. Les yeux dans le groupe de rétinopexie pneumatique étaient également plus susceptibles d'avoir subi une récidive de décollement rétinal à six mois de suivi (RR 1,80 ; IC à 95 % de 1,00 à 3,24 ; 218 yeux) ; cependant, nous ne savons pas si l'intervention a un effet important sur la récidive parce que la limite inférieure de l'IC est égale à l'absence de différence. Aucune des deux études ne rapportait le changement moyen dans l'acuité visuelle, des données sur la qualité de vie ou des mesures économiques. Les différences entre les groupes de rétinopexie pneumatique et d'indentation sclérale étaient incertaines en raison du petit nombre d'événements survenus en termes d'événements indésirables oculaires (RR 0,67 ; IC à 95 % de 0,32 à 1,42 ; 218 yeux), de développement de la cataracte (RR 0,92 ; IC à 95 % de 0,06 à 14,54 ; 198 yeux), de glaucome (RR 0,31 ; IC à 95 % de 0,03 à 2,91 ; 198 yeux), de membrane épirétinienne maculaire (RR 0,74 ; IC à 95 % de 0,20 à 2,67 ; 198 yeux) et de vitréorétinopathie proliférante (RR 0,94 ; IC à 95 % de 0,30 à 2,96 ; 218 yeux). Moins d'yeux dans le groupe de rétinopexie pneumatique que dans le groupe d'indentation sclérale présentaient un décollement choroïdien (RR 0,17 ; IC à 95 % de 0,05 à 0,57 ; 198 yeux) ou une myopie acquise égale ou supérieure à 1 dioptrie en équivalent sphérique (RR 0,04 ; IC à 95 % de 0,01 à 0,13 ; 198 yeux).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Cochrane France

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