Médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens en application locale contre la douleur musculo-squelettique aiguë chez l'adulte

La douleur musculo-squelettique aiguë décrit des lésions telles qu'une entorse de la cheville ou un claquage musculaire. Ces troubles se résorbent généralement sur deux ou trois semaines sans traitement, mais peuvent être très douloureux tant qu'ils persistent.

Des médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont appliqués localement sur une peau intacte au point douloureux sous forme de gels, de crèmes, de sprays ou d'emplâtres. Les AINS topiques pénètrent la peau, entrent dans les tissus ou les articulations et réduisent les processus provoquant des douleurs dans les tissus. La quantité de médicament dans le sang est beaucoup plus faible avec les AINS topiques qu'avec le même médicament en prise orale, ce qui minimise le risque d'effets nocifs.

Nous avons recherché dans des bases de données médicales des essais cliniques comparant des AINS topiques à un placebo (crèmes ou gels qui ne contiennent aucun médicament) ou à d'autres médicaments chez des adultes âgés de 16 ans ou plus atteints de douleurs musculo-squelettiques (généralement des blessures sportives). Les preuves sont à jour en février 2015.

Ceci est une mise à jour de la revue systématique intitulée « AINS topiques dans la douleur aiguë chez l'adulte » initialement publiée dans le numéro 6 de 2010. Nous avons identifié 14 nouvelles études à ajouter aux 47 études incluses dans la version précédente de la revue. Nous avons également identifié dans un registre d'essais cliniques 14 études achevées et trois brefs rapports de réunion, pour lesquels nous n'avons pas pu trouver de détails complets (environ 4 500 participants). Trois autres études sont en cours (près de 900 participants).

Les 61 études incluses, portant sur un total de 8 386 participants, étaient généralement de qualité élevée. Elles ont testé un certain nombre de différents médicaments topiques, principalement par rapport à un placebo topique (excipient sans AINS), appliqués au moins une fois par jour. Nous nous sommes intéressés aux participants présentant une bonne réduction de la douleur (d'environ la moitié) autour de sept jours après le début du traitement. Après ce délai, la plupart des personnes s'améliorent même sans traitement.

Nous avons examiné des formulations spécifiques de médicaments individuels. Le diclofénac et le kétoprofène sous forme de gel ont été parmi les plus efficaces, avec l'ibuprofène sous forme de gel et le diclofénac sous forme d'emplâtre. Pour le diclofénac et le kétoprofène sous forme de gel, 7 ou 8 personnes sur 10 avec une entorse, une foulure ou une élongation musculaire douloureuse présentaient une douleur nettement réduite au bout de sept jours, en comparaison avec seulement 2 ou 3 personnes sur 10 avec le placebo (données de qualité élevée). D'autres AINS et formulations ont été plus efficaces que le placebo, mais pas par autant. Puisque les AINS topiques et le placebo étaient tous les deux appliqués sur la peau en massant dans ces études, nous savons que les effets éventuels ne sont pas dus juste au massage.

Environ une personne sur 20 a présenté un effet secondaire d'intensité légère et de courte durée, comme des rougeurs au niveau du site d'application. L'incidence était similaire pour les AINS topiques et le placebo (données de qualité élevée). Les effets secondaires comme les maux d'estomac ou les nausées étaient rares, sans aucune différence entre les AINS topiques et le placebo topique (données de qualité élevée). Aucun effet secondaire grave n'a été relevé.

Conclusions des auteurs : 

Les AINS topiques ont apporté un bon niveau de soulagement de la douleur dans les troubles aigus tels que les entorses, les foulures et les blessures de surmenage, qui est probablement similaire à celui fourni par les AINS oraux. Le diclofénac (comme Emugel®), l'ibuprofène et le kétoprofène sous forme de gel, ainsi que certains emplâtres au diclofénac, ont eu le plus d'effet. Les événements indésirables étaient généralement minimes.

Depuis la dernière version de cette revue systématique, les nouvelles études incluses ont fourni des informations supplémentaires. En particulier, les informations sur le diclofénac topique sont grandement augmentées. La présente revue confirme les conclusions de la revue précédente que les AINS topiques sont efficaces pour soulager la douleur, et va encore plus loin pour démontrer que certaines formulations, principalement le diclofénac, l'ibuprofène et le kétoprofène sous forme de gel, fournissent les meilleurs résultats. Une grande quantité de données non publiées ont été identifiées, et cela pourrait influencer les résultats dans les futures mises à jour de cette revue.

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Contexte : 

L'utilisation des AINS topiques pour traiter les troubles musculosquelettiques aigus est devenue largement acceptée car ils peuvent soulager la douleur sans entraîner d'événements indésirables systémiques. Ceci est une mise à jour de la revue intitulée « AINS topiques dans la douleur aiguë chez l'adulte » initialement publiée dans le numéro 6 de 2010.

Objectifs : 

Déterminer l'efficacité et l'innocuité des AINS en application locale dans la douleur musculo-squelettique aiguë chez l'adulte.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons interrogé le registre des études Cochrane en ligne, MEDLINE et EMBASE jusqu'à février 2015. Nous avons recherché des études non publiées via nos contacts personnels et en consultant des registres d'essais cliniques en ligne et des sites Internet de fabricants. Pour la revue précédente, nous avions également effectué des recherches dans notre propre base de données interne et contacté des fabricants.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus les essais randomisés en double aveugle avec un contrôle actif ou placebo (excipient inactif) dans lesquels les traitements étaient administrés à des adultes souffrant de douleur aiguë suite à une entorse, une foulure, ou une blessure sportive ou due au surmenage (par exemple, une entorse de la cheville). Chaque bras de traitement devait avoir au moins 10 participants, et le traitement devait être appliqué au moins une fois par jour.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment évalué les études à inclure et extrait les données. Nous avons utilisé les nombres de participants présentant chaque résultat pour calculer le risque relatif et le nombre de sujets à traiter pour obtenir un résultat bénéfique supplémentaire (NST) ou un effet néfaste supplémentaire (NNN) par rapport à un placebo ou à un autre traitement actif. Nous avons rapporté les intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous nous intéressions particulièrement à la comparaison de différentes formulations (gel, crème, emplâtre) d'AINS individuels.

Résultats principaux : 

Pour cette mise à jour, nous avons ajouté 14 nouvelles études (3 489 participants) et exclu quatre études. Nous avons également identifié 20 autres rapports d'études achevées ou en cours qui n'ont pas été publiées dans leur intégralité. La revue précédente incluait 47 études.

Cette mise à jour inclut 61 études. La plupart comparaient des AINS topiques sous forme de gel, d'aérosol ou de crème par rapport à un placebo topique similaire ; 5 311 participants étaient traités avec un AINS topique, 3 470 avec un placebo et 220 avec un AINS oral. Cela représente une augmentation de 63 % du nombre de participants inclus par rapport à la version précédente de cette revue systématique. Nous avons également identifié un certain nombre d'études dans des registres d'essais cliniques dont les résultats n'étaient pas disponibles, avec des données portant sur environ 5 900 participants pour l'efficacité et 5 300 pour les événements indésirables.

Les formulations topiques du diclofénac, de l'ibuprofène, du kétoprofène, du piroxicam et de l'indométhacine ont démontré des taux significativement plus élevés de réussite clinique (davantage de participants avec un soulagement de la douleur par au moins 50 %) que le placebo topique correspondant (données de qualité modérée ou élevée). Cela n'a pas été le cas pour la benzydamine. Trois combinaisons de médicaments et de formulations avaient un NST pour le succès clinique inférieur à 4. Pour le diclofénac, la formulation Emulgel® avait le NST le plus faible, de 1,8 (IC à 95 % de 1,5 à 2,1), dans deux études dont le critère de jugement était une réduction d'au moins 50 % de l'intensité de la douleur. Les emplâtres au diclofénac autres que le Flector® avaient également un NST faible de 3,2 (2,6 à 4,2), sur la base de réponses bonnes ou excellentes dans certaines études. Le kétoprofène sous forme de gel avait un NST de 2,5 (2,0 à 3,4), sur la base de cinq études réalisées dans les années 1980, dont certaines comportaient des critères de jugement moins bien définis. L'ibuprofène sous forme de gel avait un NST de 3,9 (2,7 à 6,7), sur la base de deux études dont les critères étaient une nette amélioration ou une rémission complète. Toutes les autres combinaisons de médicaments et de formulations avaient une valeur de NST au-dessus de 4, indiquant un moindre efficacité.

Il n'y avait pas suffisamment de données pour comparer de manière fiable les AINS topiques entre eux ou par rapport au même AINS administré par voie orale.

Les réactions cutanées locales étaient généralement d'intensité légère et passagères et ne différaient pas par rapport au placebo (données de qualité élevée). Il y avait très peu d'événements indésirables systémiques (données de qualité élevée) ou d'arrêts prématurés en raison d'effets indésirables (données de faible qualité).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens. Cliquez ici pour plus d'informations à propos de notre projet de traduction.