La chirurgie de la cataracte chez les personnes atteintes de dégénérescence maculaire liée à l'âge

Quel est l'objectif de cette revue ?
L'objectif de cette revue Cochrane a été de déterminer si la chirurgie de la cataracte est sûre et améliore la vision des yeux atteints de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) par rapport à l'absence d'intervention chirurgicale. Les chercheurs de Cochrane ont recueilli et analysé toutes les études pertinentes afin de répondre à cette question et ont inclus deux études.

Principaux messages
Bien que les données issues de deux petites études suggèrent que la chirurgie pour oter la cataracte des yeux atteints de DMLA peut améliorer la vision sans aggraver la DMLA, il n'est pas possible de tirer des conclusions fiables à partir des données disponibles à ce jour. Les médecins doivent décider s'ils recommandent la chirurgie de la cataracte à leurs patients atteints de DMLA sur la base de leur jugement clinique jusqu'à ce que des études à plus grande échelle soient effectuées et leurs résultats publiés.

Qu'est-ce qui a été étudié dans cette revue ?
La cataracte et la DMLA sont des causes fréquentes de mauvaise vision ; elles surviennent souvent simultanément chez des personnes de plus de 50 ans. La cataracte survient lorsque le cristallin à l'avant de l'œil devient opaque. En retirant le cristallin opaque (chirurgie de la cataracte) on rétablit une bonne vision pour de nombreux yeux qui ne sont pas atteints d'autres affections oculaires. La DMLA est une maladie dans laquelle la macula (la zone à l'arrière de l'œil responsable de la vision centrale) se détériore. Certains médecins pensent que la chirurgie de la cataracte peut soumettre les yeux atteints de DMLA à un risque plus élevé de perdre encore plus de vision que de laisser le cristallin opaque dans l'œil.

Quels sont les principaux résultats de cette revue ?
Cette revue a inclus deux études comparant la chirurgie de la cataracte immédiate (dans les deux semaines) à la chirurgie retardée de la cataracte (à six mois) pour les personnes atteintes simultanément de cataracte et de DMLA. Dans une étude, le groupe ayant reçu de la chirurgie immédiate avait une meilleure vision à six mois que le groupe programmé pour une intervention chirurgicale retardée. Dans l'autre étude, il était difficile de déterminer quel groupe a eu les meilleures améliorations de vision au bout de 12 mois. Dans une étude, aucun participant n'a eu d'aggravation de sa DMLA ; dans l'autre étude, la DMLA s'est aggravée chez une seule personne dans le groupe de chirurgie immédiate. Deux études ont mesuré la qualité de vie : une étude suggérait que le groupe de chirurgie immédiate avait une meilleure qualité de vie que le groupe de chirurgie retardée et la seconde étude ne mentionnait pas suffisamment d'informations pour nous permettre d'analyser les données. Aucune étude n'a rapporté d'événements indésirables.

Cette revue est-elle à jour ?
Les chercheurs de Cochrane ont recherché les études qui ont été publiées jusqu'au 2 décembre 2016.

Conclusions des auteurs : 

À l'heure actuelle, il n'est pas possible de tirer des conclusions fiables à partir des données disponibles permettant de savoir si la chirurgie de la cataracte est bénéfique ou préjudiciable pour les personnes atteintes de DMLA après 12 mois. Bien que la chirurgie de la cataracte apporte à court terme (six mois) une amélioration de la MAVC pour les yeux atteints de DMLA par rapport à l'absence d'intervention chirurgicale, il est difficile de savoir si le moment de l'intervention chirurgicale a un effet sur les résultats à long terme. Les médecins devront faire des recommandations concernant la chirurgie de la cataracte à leurs patients présentant une DMLA se basant sur l'expérience et le jugement clinique jusqu'à ce que des essais contrôlés à grande échelle soient effectués et leurs résultats publiés.

Il est nécessaire de réaliser des ECR prospectifs dans lesquels la chirurgie de la cataracte est comparée à l'absence d'intervention chirurgicale chez des personnes atteintes de DMLA, afin de mieux évaluer si la chirurgie de la cataracte est bénéfique ou préjudiciable pour tous les patients (ou un sous-ensemble) atteints de DMLA. Cependant, pour des raisons éthiques, on ne peut pas écarter la chirurgie ou la retarder pendant plusieurs années, si elle peut être un traitement potentiellement bénéfique. Les concepteurs des essais futurs sont encouragés à utiliser des systèmes standardisés de classification de la cataracte et de la DMLA et de mesure des critères de jugement principaux : l'acuité visuelle, le changement de l'acuité visuelle, l'aggravation de la DMLA, les mesures de la qualité de vie et les événements indésirables.

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Contexte : 

La cataracte et la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) sont des causes fréquentes de baisse de la vision qui surviennent souvent simultanément chez des personnes de plus de 50 ans. Bien que la chirurgie de la cataracte soit un traitement efficace de la perte de la vision due à la cataracte, certains cliniciens soupçonnent qu'une telle intervention pourrait augmenter le risque d'aggraver une DMLA sous-jacente et donc avoir des effets délétères sur la vision.

Objectifs : 

L'objectif de cette revue a été d'évaluer l'efficacité et l'innocuité de la chirurgie de la cataracte par rapport à l'absence d'intervention chirurgicale pour des yeux atteints de DMLA.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL (qui contient le registre d'essais du groupe Cochrane sur l'œil et la vision) (2016, numéro 11), Ovid MEDLINE, Epub Ahead of Print, In-Process & Other Non-Indexed Citations, Ovid MEDLINE Daily (de janvier 1946 à décembre 2016), Embase (de janvier 1980 à décembre 2016), Latin American and Caribbean Literature on Health Sciences (LILACS) (de janvier 1982 à décembre 2016), le registre ISRCTN (www.isrctn.com/editAdvancedSearch), ClinicalTrials.gov (www.clinicaltrials.gov), et l'International Clinical Trials Registry Platform (ICTRP) de l'Organisation Mondiale de la Santé (www.who.int/ictrp/search/en). Nous n'avons appliqué aucune restriction concernant la langue ou la date dans les recherches électroniques d'essais. Nous avons effectué les dernières recherches dans les bases de données électroniques le 2 décembre 2016.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés (ECR) et les essais quasi-randomisés ayant recruté des participants dont les yeux étaient affectés à la fois de cataracte et de DMLA, et dans lesquels la chirurgie de la cataracte était comparée à l'absence d'intervention chirurgicale.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment évalué les résultats des recherches par rapport aux critères d'inclusion et d'exclusion. Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les données, évalué le risque de biais des études incluses et catégorisé la certitude des preuves. Nous avons respecté les méthodes recommandées par Cochrane.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus deux ECR avec un total de 114 participants (114 yeux d'étude) avec de la cataracte et de la DMLA visuellement significatives. Nous n'avons pas identifié d'essais en cours. Les participants dans chaque ECR étaient randomisés pour une chirurgie de la cataracte soit immédiate (dans les deux semaines suivant l'enrôlement) soit retardée (six mois après l'enrôlement). Le risque de biais n'était pas clair pour la plupart des domaines dans chaque étude ; une étude a été enregistrée comme prospective.

Dans une étude menée en Australie, les résultats ont été rapportés uniquement à six mois (avant que les participants du groupe chirurgie retardée ne subissent la chirurgie de la cataracte). Au bout de six mois, le groupe chirurgie immédiate a montré une amélioration de la moyenne de la meilleure acuité visuelle corrigée (MAVC) par rapport au groupe chirurgie retardée (différence moyenne (DM) -0,15 LogMAR, intervalle de confiance à 95 % (IC) -0,28 à -0,02 ; 56 participants ; preuves de certitude moyenne). Dans l'autre étude, réalisée en Autriche, les critères de jugement ont été rapportés uniquement au bout de 12 mois (12 mois après que les participants du groupe chirurgie immédiate et six mois après que les participants du groupe chirurgie retardée subissent la chirurgie de la cataracte). Le groupe bénéficiant de la meilleure amélioration de l'acuité visuelle de loin à 12 mois est resté indéterminé (unité de mesure non rapportée ; preuves de certitude très basse).

Au bout de 12 mois, la variation moyenne entre les groupes, par rapport au départ, des drüsen ou de la taille des zones atrophiées était petite et on était dans l'incertitude quant au groupe favorisé (s'il y en avait un) (DM 0,76, IC à 95 % -8,49 à 10,00 ; 49 participants ; preuves de certitude basse). Dans une étude, aucun des participants ne présentait de développement d'une DMLA exsudative à l'examen de l'œil pendant 12 mois de suivi ; dans l'autre étude, une néovascularisation choroïdienne s'était développée à l'examen de l'œil d'1 participant sur 27 dans le groupe de chirurgie immédiate versus 0 sur 29 dans le groupe chirurgie retardée à six mois (risque relatif 3,21, IC à 95 % 0,14 à 75,68 ; 56 participants ; preuves de certitude très basse). La qualité de vie a été mesurée à l'aide de deux questionnaires différents. Les scores sur le questionnaire IVI (Impact of Vision Impairment) ont suggéré que le groupe chirurgie immédiate obtenait de meilleurs résultats concernant la qualité de vie liée à la vision que le groupe chirurgie retardée à six mois (DM des scores logit IVI 1,60, IC à 95 % 0,61 à 2,59 ; preuves de certitude faible). Toutefois, nous n'avons pas pu analyser les scores du questionnaire VF-14 (Visual Function-14) de l'autre étude en raison de données insuffisantes. Aucune complication postopératoire n'a été rapportée dans les deux études.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Daniel Pinchenzon et révisée par Cochrane France

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