Chimiothérapie pour le traitement de la trypanosomiase humaine africaine de seconde phase

La trypanosomiase humaine africaine (THA), ou maladie du sommeil, est une maladie douloureuse et de longue durée transmise par la piqûre des mouches tsé-tsé infectées, qui est prévalente dans les zones rurales d'Afrique subsaharienne. La maladie du sommeil présente deux phases cliniques, mais cette revue examine uniquement le traitement de la seconde phase, qui se caractérise par des changements neurologiques et est presque toujours mortelle en l'absence de traitement. Peu de médicaments sont actuellement disponibles dans le traitement de la maladie du sommeil de seconde phase, et tous sont associés à des événements indésirables considérables et à une efficacité variable.

Cette revue inclut neuf essais portant sur 2 577 participants. Les essais examinaient différentes comparaisons de médicaments actuellement disponibles dans le traitement de la THA de seconde phase (mélarsoprol, éflornithine, nifurtimox), de sorte qu'aucune méta-analyse n'a pu être effectuée.

L'administration de mélarsoprol se fait par voie intraveineuse, est très douloureuse et entraîne de nombreuses réactions indésirables, notamment un dysfonctionnement grave du cerveau, qui sont potentiellement mortelles. C'est la raison pour laquelle les essais ont été conçus pour évaluer des schémas thérapeutiques de mélarsoprol de plus courte durée. L'administration de mélarsoprol pendant 10 jours s'avérait aussi efficace qu'une administration pendant 26 jours. Un traitement combinant du nifurtimox et de l'éflornithine (TCNE) a récemment été évalué. Peu de patients présentaient une rechute après le TCNE, qui était généralement bien toléré. Ce traitement présente également des avantages pratiques : l'éflornithine doit être administrée par perfusion intraveineuse lente, ce qui exige des établissements et du personnel spécialisés, tandis que le nifurtimox est administré par voie orale. Le TCNE utilise moins de doses d'éflornithine, ce qui permet d'alléger le traitement pour le personnel de santé et les patients.

Sachant qu'il n'existe actuellement aucune option thérapeutique optimale dans le traitement de la THA en termes d'événements indésirables et de facilité d'administration, il est essentiel que de nouveaux composés anti-trypanosomiques soient développés et testés dans le cadre d'études expérimentales et cliniques. En attendant cela, le choix du traitement devra reposer sur la disponibilité des médicaments, des établissements et du personnel de santé au niveau local. Le mélarsoprol, qui est associé à un taux élevé d'événements indésirables, devrait être progressivement retiré du marché au profit de l'éflornithine et du TCNE. Le développement d'une pharmacorésistance par les parasites doit être soigneusement surveillé. Les futures recherches devront également s'attacher à réduire les effets indésirables associés aux médicaments actuellement utilisés et à améliorer les examens de diagnostic.

Conclusions des auteurs : 

Le choix du traitement dans le THA à Gambiense de seconde phase continuera de dépendre des options disponibles au niveau local, mais il se peut que l'éflornithine et le TCNE remplacent le mélarsoprol, sous étroite surveillance de la résistance du parasite. D'autres recherches sont nécessaires afin de réduire les effets indésirables des médicaments actuellement utilisés et d'évaluer différents schémas thérapeutiques, ainsi que des études expérimentales et cliniques portant sur de nouveaux composés efficaces dans les deux phases de la maladie.

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Contexte : 

La trypanosomiase humaine africaine, ou maladie du sommeil, est une maladie douloureuse et de longue durée qui affecte les habitants des régions les plus pauvres d'Afrique et qui peut être mortelle en l'absence de traitement. Peu de médicaments sont actuellement disponibles dans le traitement de la maladie du sommeil de seconde phase, et tous sont associés à des événements indésirables considérables et à une efficacité variable.

Objectifs : 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité des médicaments dans le traitement de la trypanosomiase humaine africaine de seconde phase.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons consulté le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les maladies infectieuses (janvier 2013), CENTRAL (Bibliothèque Cochrane numéro 12, 2012), MEDLINE (1966 à  janvier 2013), EMBASE (1974 à janvier 2013), LILACS (1982 à janvier 2013), BIOSIS (1926 à janvier 2013) et mRCT (janvier 2013), ainsi que les références bibliographiques. Nous avons contacté des chercheurs et des organisations travaillant dans ce domaine.

Critères de sélection : 

Les essais cliniques randomisés et quasi-randomisés incluant des adultes et des enfants atteints de de THA de seconde phase, traités avec des médicaments contre la trypanosomiase. 

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs (VL et AK) ont extrait les données et évalué la qualité méthodologique ; un troisième auteur (JS) a joué le rôle d'arbitre. Les essais inclus rapportaient uniquement des résultats dichotomiques, que nous avons présentés sous forme de risque relatif (RR), avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %.

Résultats principaux : 

Neuf essais portant sur 2 577 participants, tous atteints de THA à Trypanosoma gambiense, ont été inclus. Sept essais évaluaient les médicaments actuellement disponibles : mélarsoprol, éflornithine et nifurtimox, seuls ou combinés ; un essai examinait de la pentamidine et un essai évaluait l'ajout de prednisolone en plus du mélarsoprol. La mortalité et le nombre d'effets secondaires étaient similaires entre les patients traités avec des schémas thérapeutiques fixes de mélarsoprol pendant 10 jours ou pendant 26 jours, avec un nombre similaire d'événements indésirables. Le mélarsoprol en monothérapie était associé à moins de rechutes que la pentamidine ou le nifurtimox, mais à davantage d'événements indésirables.

Des essais plus récents évaluant une combinaison de nifurtimox et d'éflornithine (TCNE) montraient que ce traitement entraînait peu de rechutes et était bien toléré. Il présente également l'avantage pratique d'alléger le traitement pour le personnel de santé et les patients par rapport à l'éflornithine en monothérapie.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens. Cliquez ici pour plus d'informations à propos de notre projet de traduction.