Oxcarbazépine pour le traitement d’épisodes aigus des troubles bipolaires

Les personnes atteintes de troubles bipolaires souffrent d’épisodes répétés liés à de graves perturbations de l’humeur, pouvant aller de la manie à une dépression grave. Il arrive parfois que des symptômes maniaques et dépressifs se manifestent simultanément. Ces épisodes peuvent aussi fluctuer fréquemment et portent le nom de « cycles rapides ». Des périodes d’humeur et de fonction normales peuvent s’intercaler entre ces épisodes, mais ce n’est pas toujours le cas.

Des médicaments sont utilisés pour traiter ces épisodes de troubles de l’humeur et prévenir leur récurrence. L’oxcarbazépine en fait partie. À l’heure actuelle, elle est uniquement homologuée pour le traitement de l’épilepsie.

Dans cette revue, nous avons identifié sept études éligibles pour l’inclusion, dont quatre comparaient l’efficacité de l’oxcarbazépine par rapport à celle d’un placebo ou à d’autres médicaments utilisés pour le traitement de la manie. Bien qu’aucune preuve ne permette d’avancer que l’oxcarbazépine est plus efficace qu’un placebo, son efficacité était similaire à celle des médicaments plus acceptés pour le traitement de la maladie.

Deux études ont examiné son acceptabilité chez les participants. L’oxcarbazépine peut entraîner davantage d’effets secondaires qu’un placebo. Aucune différence n’a été observée au niveau des effets secondaires entre l’oxcarbazépine et d’autres médicaments actifs.

Toutes les études examinaient la manie, l’hypomanie, les épisodes mixtes ou les troubles à cycles rapides. D’autres d’études d’une meilleure qualité méthodologique sont requises si nous voulons être certains de l’efficacité de l’oxcarbazépine pour le traitement de la manie, des épisodes mixtes, de la dépression et de cycles rapides des troubles bipolaires.

Conclusions des auteurs : 

À l’heure actuelle, il y a un nombre insuffisant d’essais de qualité méthodologique adéquate portant sur l’oxcarbazépine dans le traitement aigu de troubles bipolaires et pour nous informer de son efficacité et de son acceptabilité. Les études examinaient principalement le traitement de la manie : elles contiennent des données issues d’analyses de sous-groupes portant sur les états affectifs mixtes, l’hypomanie et les états à cycles rapides.

D’après les quelques études incluses dans cette revue, l’efficacité de l’oxcarbazépine ne différait pas de celle d’un placebo chez les enfants et les adolescents. Elle n’était pas différente à d’autres agents actifs administrés à des adultes. Son profil de tolérabilité peut être plus faible comparé à celui d’un placebo. Aucune donné n’a été trouvée sur les résultats concernant les patients et les cliniciens, comme la durée d’admission en centre hospitalier.  

Des essais contrôlés randomisés, de puissance statistique adéquate, présentant une bonne qualité méthodologique, doivent être effectués afin de nous informer du potentiel thérapeutique de l’oxcarbazépine dans le spectre des épisodes aigus des troubles bipolaires.

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Contexte : 

L’oxcarbazépine, un dérivé cétonique de la carbamazépine « thymorégulateur », peut se révéler efficace dans le traitement d’épisodes aigus de troubles bipolaires. Elle peut éventuellement présenter des avantages pharmacocinétiques par rapport à la carbamazépine..

Objectifs : 

Contrôler l’efficacité et l’acceptabilité de l’oxcarbazépine par rapport à un placebo et d’autres agents pour le traitement d’épisodes bipolaires aigus, notamment la manie, des épisodes mixtes et la dépression.

Stratégie de recherche documentaire : 

Les bases de données électroniques ont fait l’objet de recherches jusqu’à la date du 2 septembre 2011. Des recherches manuelles ont également été effectuées dans les journaux spécialisés et les actes de congrès. Les auteurs, les experts dans le domaine et les laboratoires pharmaceutiques ont été contactés afin d’obtenir des informations sur les essais publiés et non publiés.

Critères de sélection : 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l’oxcarbazépine à un placebo ou des agents alternatifs, dans lesquels l’intention d’intervention mentionnée correspondait au traitement aigu de troubles affectifs bipolaires, ont été recherchés. Les participants atteints de troubles bipolaires, quels que soient le sexe et l’âge, ont été inclus.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont extrait de façon individuelle les données issues de rapports originaux. Pour les données dichotomiques, les rapports de cotes (ou Odds Ratio (OR)) ont été calculés avec leurs intervalles de confiance (IC) à 95 %. Les données continues ont été analysées avec des différences moyennes standardisées (avec un IC à 95 %).

Résultats principaux : 

Sept études ont été incluses dans l’analyse (368 participants au total). Toutes portaient sur la manie, l’hypomanie, des épisodes mixtes ou des troubles à cycles rapides. Dans l’ensemble, leur qualité méthodologique était relativement faible.

Les analyses des critères de jugement principaux ne révélaient aucune différence - une baisse de 50 % ou plus, sur l’échelle YMRS (Young Mania Rating Scale) - entre l’oxcarbazépine et un placebo (N = 1, n = 110, OR = 2,10, IC à 95 % 0,94 à 4,73) dans une étude réalisée auprès d’enfants ; aucune étude ne portait sur des participants adultes.

Comparées à d’autres stabilisateurs d’humeur, aucune différence n’a été constatée entre l’oxcarbazépine et le valproate en tant qu’agent antimaniaque en au niveau du critère de jugement principal (50 % ou plus, de baisse sur l’échelle YMRS, OR = 0,44, IC à 95 % 0,10 à 1,97, 1 étude, n = 60, P = 0,273) ou du critère de jugement secondaire (différences sur l’échelle YMRS entre les deux groupes, DMS = 0,18, IC à 95 % - 0,24 à 0,59, 2 études, n = 90, P = 0,40). Aucun critère de jugement principal ou secondaire sur l’efficacité n’a été trouvé comparant l’oxcarbazépine à une monothérapie au lithium.

En tant que traitement d’appoint au lithium, l’oxcarbazépine a permis de réduire davantage les scores de l’échelle de notation de la dépression que la carbamazépine dans un groupe de participants maniaques sur l’échelle MADRS (Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale) (DMS = - 1,12, IC à 95 % - 1,71 à - 0,53, 1 étude, n = 52, P = 0,0002) et l’échelle HDRS (Hamilton Depression Rating Scale) (DMS = - 0,77, IC à 95 % - 1,35 à - 0,20, 1 étude, n = 52, P = 0,008).

Une hausse de l’incidence des effets indésirables a été constatée, plus particulièrement les effets neuropsychiatriques, chez les participants randomisés à l’oxcarbazépine comparés à ceux randomisés à un placebo (1 étude, n = 115, 17 à 39 % des participants traités à l’oxcarbazépine présentaient au moins un événement de ce type comparés aux 7 à 10 % traités avec un placebo). Les taux d’événements indésirables n’étaient pas différents entre l’oxcarbazépine et les autres stabilisateurs d’humeur ou l’halopéridol.

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