Effet d’un régime alimentaire pauvre en sel sur la tension artérielle, certaines hormones et certains lipides chez les personnes normotendues et hypertendues

Question de la revue

Des études dans lesquelles les participants étaient répartis au hasard dans des groupes recevant des apports de sel élevés et réduits ont été analysées afin d’étudier l’effet de la réduction de la consommation de sel sur la tension artérielle (PA) et les effets secondaires potentiels de la réduction du sodium sur certaines hormones et certains lipides.

Contexte

Comme une diminution de la consommation de sel fait baisser la tension artérielle (TA) des sujets hypertendus, on entend souvent conseiller de réduire la consommation de sel. Cependant, l’effet de la réduction du sel sur la tension artérielle des personnes normotendues a été remis en cause. En outre, plusieurs études ont montré que la réduction du sel activait le système hormonal convervateur du sodium (rénine et aldostérone), les hormones de stress (adrénaline et noradrénaline) et augmentait les lipides (cholestérol et triglycérides dans le sang).

Date de la recherche

Les données probantes actuelles sont à jour à la date d’avril 2016.

Caractéristiques de l'étude

Cent quatre-vingt-cinq études interventionnelles portant sur 12 210 sujets et d’une durée de 4 à 1100 jours, évaluant au moins une mesure de l’effet, ont été incluses. Les participants étaient en bonne santé ou avaient une tension artérielle élevée. Les études longitudinales ont montré que l’effet de la réduction de la consommation de sel sur la TA était stable après 7 jours au maximum et les études de population ont montré que très peu de patients consommaient plus de 14,5 g de sel par jour. Par conséquent, nous avons également réalisé des sous-analyses de sous-groupes de 125 études, d’une durée d’au moins sept jours et comportant un apport en sel de 14,5 g au maximum.

Sources de financement des études

Quarante-quatre études ne mentionnaient pas de soutien. Cent vingt-deux études étaient soutenues par des fonds publics. Douze études ont été financées par l’industrie pharmaceutique et une étude par une société d’électronique. Six études ont été financées par des organisations de l’industrie alimentaire.

Principaux résultats

L’apport moyen en sodium alimentaire a été réduit de 11,5 g par jour à 3,8 g par jour. La réduction de la TAS/TAD chez les sujets normotendus était d’environ 1/0 mmHg, et chez les sujets hypertendus d’environ 5,5/2,9 mmHg. En revanche, l’effet sur les hormones et les lipides était similaire chez les sujets normotendus et hypertendus. La rénine a augmenté de 1,60 ng/ml/h (55 %), l’aldostérone de 97,81 pg/ml (127 %), l’adrénaline de 7,55 pg/ml (14 %), la noradrénaline de 63,56 pg/ml (27 %), le cholestérol de 5,59 mg/dl (2,9 %) et les triglycérides de 7,04 mg/dl (6,3 %).

Qualité des données probantes

Seuls les essais contrôlés randomisés ont été inclus et le niveau de données probantes de base était donc considéré comme élevé, bien qu’il ait été rabaissé dans certaines analyses plus petites. En général, la description de la procédure de randomisation était insuffisante, ce qui introduisait un biais pouvant exagérer les effets, mais de nombreuses études ont été publiées à une époque où il n’était pas habituel de rapporter ces éléments. La majorité des études étaient ouvertes, mais leurs résultats n’étaient pas différents de ceux des études en double aveugle. Presque toutes les études chez des participants ayant une tension artérielle (TA) normale ne montrent aucun effet significatif de la réduction du sodium sur la TA, alors qu’un grand nombre d’études chez des sujets souffrant d’hypertension ont bien montré un effet significatif. Il y a donc un niveau élevé de cohérence entre les résultats des différentes études et ceux des méta-analyses. Les analyses de sensibilité des études d’une durée d’au moins une semaine (le délai d’efficacité maximale) confirment les analyses principales. Enfin, l’impact des intérêts commerciaux sur les critères de jugement était négligeable.


Conclusions des auteurs : 

La réduction des apports de sodium moyens du niveau élevé habituel (201 mmol/jour) à un apport de 66 mmol/jour, qui est inférieur à la limite haute recommandée de 100 mmol/jour (5,8 g de sel), a entraîné une baisse de la TAS et de la TAD de 1/0 mmHg chez les participants caucasiens normotendus et une baisse de la TAS/TAD de 5,5/2,9 mmHg chez les participants caucasiens hypertendus. Quelques études ont montré que ces effets étaient plus prononcés dans les populations d’origine africaine et asiatique. Les effets sur les hormones et les lipides étaient similaires chez les sujets normotendus et hypertendus. La rénine a augmenté de 1,60 ng/ml/heure (55 %), l’aldostérone de 97,81 pg/ml (127 %), l’adrénaline de 7,55 pg/ml (14 %), la noradrénaline de 63,56 pg/ml (27 %), le cholestérol de 5,59 mg/dl (2,9 %) et les triglycérides de 7,04 mg/dl (6,3 %).

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Contexte : 

Bien que l’on cherche, depuis plus de 100 ans, à savoir si une réduction de la consommation de sodium améliore la santé, la question n’est toujours pas tranchée.

Objectifs : 

Estimer les effets d’un apport faible en sodium comparé à un apport riche en sodium sur la tension artérielle systolique et diastolique (TAS et TAD) ainsi que sur les niveaux de rénine, d’aldostérone, de catécholamines, de cholestérol, de lipoprotéine de haute densité (HDL), de lipoprotéine de faible densité (LDL) et de triglycérides dans le sérum ou le plasma.

Stratégie de recherche documentaire : 

Le Spécialiste de l’information du Groupe Cochrane sur l’hypertension a effectué des recherches dans les bases de données suivantes pour trouver des essais contrôlés randomisés jusqu’à mars 2016 : registre spécialisé du groupe Cochrane sur l’hypertension artérielle, registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (2016, numéro 3), MEDLINE (à partir de 1946), Embase (à partir de 1974), Système d’enregistrement international des essais cliniques de l’OMS (ICTRP) et ClinicalTrials.gov. Nous avons également effectué des recherches dans les listes bibliographiques des articles pertinents.

Critères de sélection : 

Des études randomisant des sujets entre des régimes à apports réduits et élevés de sodium ont été incluses si elles évaluaient au moins un des paramètres de résultats ci-dessus.

Recueil et analyse des données : 

Les données ont été recueillies de manière indépendante par deux auteurs de la revue et analysées à l’aide de Review Manager 5.3.

Résultats principaux : 

Au total, 185 études ont été incluses. Les apports moyens de sodium ont été réduits de 201 mmol/jour (ce qui correspond aux apports élevés habituels) à 66 mmol/jour (ce qui correspond aux apports recommandés).

L’effet de la réduction du sodium sur la tension artérielle (TA) était le suivant : Caucasiens normotendus : TAS : différence moyenne (DM) de -1,09 mmHg (intervalle de confiance (IC) à 95 % de -1,63 à -0,56 ; P = 0,0001) ; 89 études, 8569 participants ; TAD : DM +0,03 mmHg (IC à 95 % de -0,37 à 0,43 ; P = 0,89) ; 90 études, 8833 participants. Données probantes de bonne qualité.

Noirs normotendus : TAS : DM de -4,02 mmHg (IC à 95 % de -7,37 à -0,68 ; P = 0,002) ; sept études, 506 participants ; TAD : DM de -2,01 mmHg (IC à 95 % de -4,37 à 0,35 ; P = 0,09) ; sept études, 506 participants. Données de qualité moyenne.

Asiatiques normotendus : TAS : DM de -0,72 mmHg (IC à 95 % de -3,86 à 2,41 ; P = 0,65) ; TAD : DM de -1,63 mmHg (IC à 95 % de -3,35 à 0,08 ; P = 0,06) ; trois études, 393 participants. Données de qualité moyenne.

Caucasiens hypertendus : TAS : DM de -5,51 mmHg (IC à 95 % de -6,45 à -4,57 ; P < 0,00001) ; 84 études, 5925 participants ; TAD : DM de -2,88 mmHg (IC à 95 % de -3,44 à -2,32 ; P < 0,00001) ; 85 études, 6001 participants. Données probantes de bonne qualité.

Noirs hypertendus : TAS : DM de -6,64 mmHg (IC à 95 % de -9,00 à -4,27 ; P = 0,00001) ; huit études, 619 participants ; TAD de -2,91 mmHg (IC à 95 % de -4,52 à -1,30 ; P = 0,0004) ; huit études, 619 participants. Données de qualité moyenne.

Asiatiques hypertendus : TAS : DM de -7,75 mmHg (IC à 95 % de -11,44 à -4,07 ; P < 0,0001) neuf études, 501 participants ; TAD : DM de -2,68 mmHg (IC à 95 % de -4,21 à -1,15 ; P = 0,0006). Données de qualité moyenne.

Dans le plasma ou le sérum, on constate une augmentation significative de la rénine (P < 0,00001), de l’aldostérone (P < 0,00001), de la noradrénaline (P < 0,00001), de l’adrénaline (P < 0,03), du cholestérol (P < 0,0005) et des triglycérides (P < 0,0006) avec une consommation réduite de sodium par rapport à une forte consommation de sodium. Tous ces effets étaient stables dans 125 populations d’étude ayant reçu des apports de sodium inférieurs à 250 mmol/jour, dans le cadre d’une intervention de réduction du sodium ayant duré au moins une semaine.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

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