L'oxycodone contre la douleur liée au cancer chez l'adulte

Contexte

De nombreuses personnes atteintes de cancer ressentent une douleur modérée à sévère qui nécessite un traitement avec des analgésiques forts qui sont classés comme opioïdes.

L'oxycodone et la morphine sont des exemples de ces opioïdes qui sont utilisés pour soulager la douleur cancéreuse. Cependant, les analgésiques forts ne sont pas efficaces contre la douleur chez tous les patients et ils ne sont pas bien tolérés par tous les patients. L'objectif de cette revue était d'évaluer si l'oxycodone est associée à un meilleur soulagement de la douleur et une meilleure tolérance que d'autres analgésiques forts pour les adultes souffrant de douleur cancéreuse.

Caractéristiques de l'étude

Pour cette mise à jour, en novembre 2016, nous avons trouvé six études pertinentes supplémentaires. Au total, nous avons inclus 23 études portant sur 2648 participants. Ces études comparaient la capacité analgésique (bénéfice) et les effets secondaires (effets délétères) entre différents types d'oxycodone ou par rapport à d'autres analgésiques forts.

Résultats principaux

Dans l’ensemble, les études montraient que l'oxycodone est un analgésique fort tout aussi efficace qu'il soit pris toutes les 6 ou 12 heures, et aussi efficace que d'autres analgésiques forts, comme la morphine.

Tous les analgésiques forts examinés dans les études étaient également associés à un certain nombre d'effets indésirables, tels que vomissements, constipation, et somnolence. Dans l'ensemble, ceux-ci ne diffèrent pas entre l'oxycodone et les autres analgésiques forts. Les hallucinations (lorsque les personnes perçoivent des choses imaginaires, par exemple entendre des voix) sont des effets secondaires beaucoup moins fréquents, mais nous avons trouvé qu'ils se produisaient moins souvent avec l'oxycodone qu'avec la morphine.

En général, nous avons trouvé que les preuves actuelles proviennent d'études qui comprenaient un petit nombre de participants, et un grand nombre d'entre eux (19 %) n'ont pas terminé les études. Toutefois, étant donné qu'il y avait très peu de différence entre l'oxycodone et la morphine, des recherches supplémentaires dans ce domaine sont peu probables. Des études examinant l'oxycodone par rapport à d'autres analgésiques forts pourraient être utiles.

Qualité des preuves

Nous avons évalué la qualité des preuves issues des études en utilisant quatre niveaux : très faible, faible, modérée ou élevée. Des preuves de très faible qualité signifient que nous sommes très incertains quant aux résultats. Des preuves de haute qualité signifient que nous sommes très confiants quant aux résultats. En général, les preuves étaient de faible ou très faible qualité, rabaissée en raison de problèmes liés à la qualité et la taille de l'étude.

Conclusions des auteurs : 

Les conclusions n'ont pas changé depuis la version précédente de cette revue. Les données suggèrent que l'oxycodone offre des niveaux de soulagement de la douleur et, dans l'ensemble, d'événements indésirables comparables aux autres opioïdes forts, y compris la morphine. Bien que nous ayons identifié un bénéfice cliniquement non significatif en matière de soulagement de la douleur en faveur de la morphine à LC par rapport à l'oxycodone à LC, l'analyse de sensibilité n'a pas confirmé ce résultat et nous ne le considérons donc pas comme important. En revanche, dans cette mise à jour de l'analyse, nous avons trouvé que des hallucinations survenaient moins souvent avec l'oxycodone à LC qu'avec la morphine à LC, mais comme la qualité de ces preuves était très faible, ce résultat doit être considéré avec la plus grande prudence. Nos conclusions sont cohérentes avec d'autres revues et suggèrent que même si la fiabilité de l'ensemble des preuves est faible, étant donné l'absence de différence importante dans cette analyse, il semble peu probable que des études en face à face de plus grande échelle comparant l'oxycodone à la morphine soient justifiées, même si des essais bien conçus comparant l'oxycodone à d'autres analgésiques forts pourraient bien être utiles. À des fins cliniques, l'oxycodone ou la morphine peuvent être utilisées comme opioïdes de première intention par voie orale pour le soulagement de la douleur cancéreuse chez l'adulte.

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Contexte : 

De nombreuses personnes atteintes de cancer ressentent une douleur modérée à sévère qui nécessite un traitement avec des opioïdes forts, tels que l'oxycodone et la morphine. Les opioïdes forts ne sont cependant pas efficaces contre la douleur chez tous les patients et ils ne sont pas bien tolérés par tous les patients. L'objectif de cette revue était d'évaluer si l'oxycodone est associée à un meilleur soulagement de la douleur et une meilleure tolérance que d'autres choix d'analgésiques, pour les adultes souffrant de douleur cancéreuse. Ceci est une mise à jour de la revue Cochrane initialement publiée dans le numéro 2 de 2015, sur l'oxycodone contre la douleur liée au cancer.

Objectifs : 

Évaluer l'efficacité et la tolérance de l'oxycodone administrée par n'importe quelle voie contre la douleur chez les adultes atteints de cancer.

Stratégie de recherche documentaire : 

Pour cette mise à jour, nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) dans la Bibliothèque Cochrane, MEDLINE et MEDLINE In-Process (Ovid), EMBASE (Ovid), Science Citation Index, Conference Proceedings Citation Index-Science (ISI Web of Science), BIOSIS (ISI) et PsycINFO (Ovid) jusqu'à novembre 2016. Nous avons également consulté quatre registres d'essais cliniques, examiné les références bibliographiques des études pertinentes, et contacté les auteurs des études incluses. Nous n'avons appliqué aucune restriction de langue, date ou statut de publication.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (croisés ou en groupes parallèles) comparant l'oxycodone (toute formulation ou voie d'administration) à un placebo ou à un médicament actif (y compris l'oxycodone) contre la douleur cancéreuse de fond chez l'adulte, en examinant l'intensité/le soulagement de la douleur, les événements indésirables, la qualité de vie et la préférence des participants.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les données et évalué les études incluses en utilisant la méthodologie Cochrane standard. Nous avons effectué une méta-analyse des données d'intensité de la douleur à l'aide de la méthode générique de l'inverse de la variance, et des événements indésirables à l'aide de la méthode de Mantel-Haenszel, ou nous avons résumé ces données de manière narrative ainsi que les données de qualité de vie et de préférence des participants. Nous avons évalué la qualité globale des preuves en utilisant le système GRADE.

Résultats principaux : 

Pour cette mise à jour, nous avons identifié six nouvelles études (1258 participants) à inclure. Au total, nous avons inclus 23 études ayant recruté/randomisé 2648 participants, parmi lesquels 2144 ont été analysés pour l'efficacité et 2363 pour la sécurité. Les études examinaient un certain nombre de comparaisons de différents médicaments.

L'analyse combinée de trois des quatre études comparant l'oxycodone à libération contrôlée (LC) à l'oxycodone à libération immédiate (LI) a montré que la capacité à soulager la douleur de l'oxycodone à LC et de l'oxycodone à LI était similaire (différence moyenne standardisée [DMS] 0,1, intervalle de confiance [IC] à 95 % -0,06 à 0,26 ; preuves de faible qualité). Les analyses combinées des événements indésirables n'ont montré aucune différence significative entre l'oxycodone à LC et l'oxycodone à LI pour l'asthénie (risque relatif [RR] 0,58, IC à 95 % 0,2 à 1,68), la confusion (RR 0,78, IC à 95 % 0,2 à 3,02), la constipation (RR 0,71, IC à 95 % 0,45 à 1,13), les vertiges / étourdissements (RR 0,74, IC à 95 % 0,4 à 1,37), la somnolence (RR 1,03, IC à 95 % 0,69 à 1,54), la sécheresse buccale (RR 1,14, IC à 95 % 0,48 à 2,75), l'insomnie (RR 1,04, IC à 95 % 0,31 à 3,53), les nausées (RR 0,85, IC à 95 % 0,56 à 1,28), la nervosité (RR 0,57, IC à 95 % 0,2 à 1,64), le prurit (RR 1,46, IC à 95 % 0,65 à 3,25), les vomissements (RR 0,66, IC à 95 % 0,38 à 1,15), et l'arrêt prématuré en raison d'événements indésirables (RR 0,6, IC à 95 % 0,29 à 1,22). La qualité des preuves était très faible pour tous ces événements indésirables. Trois des quatre études ont trouvé des résultats similaires pour l'acceptabilité du traitement.

L'analyse combinée de sept des neuf études comparant l'oxycodone à LC à la morphine à LC indiquait que le soulagement de la douleur était significativement meilleur après un traitement à la morphine à LC qu'avec l'oxycodone à LC (DMS 0,14, IC à 95 % 0,01 à 0,27 ; preuves de faible qualité). Cependant, l'analyse de sensibilité n'a pas corroboré ce résultat (DMS 0,12, IC à 95 % -0,02 à 0,26).

Les analyses combinées des événements indésirables ne montraient aucune différence significative entre l'oxycodone à LC et la morphine à LC pour la confusion (RR de 1,01, IC à 95 % 0,78 à 1,31), la constipation (RR 0,98, IC à 95 % 0,82 à 1,16), les vertiges / étourdissements (RR 0,76, IC à 95 % 0,33 à 1,76), la somnolence (RR 0,9, IC à 95 % 0,75 à 1,08), la sécheresse buccale (RR 1,01, IC à 95 % 0,8 à 1,26), la dysurie (RR 0,71, IC à 95 % 0,4 à 1,26), les nausées (RR 1,02, IC à 95 % 0,82 à 1,26), le prurit (RR 0,81, IC à 95 % 0,51 à 1,29), les vomissements (RR 0,94, IC à 95 % 0,68 à 1,29), et l'abandon en raison d'événements indésirables (RR 1,06, IC à 95 % 0,43 à 2,6). Cependant, le RR pour les hallucinations était significativement inférieur après un traitement à l'oxycodone à LC comparé à la morphine à LC (RR 0,52, IC à 95 % 0,28 à 0,97). La qualité des preuves était très faible pour tous ces événements indésirables. Il n'y avait aucune différence significative en ce qui concerne l'évaluation de l'acceptabilité du traitement ou de la qualité de vie.

Les autres études comparaient soit diverses formulations d'oxycodone, soit l'oxycodone à différents opioïdes alternatifs. Aucune n'a clairement montré de supériorité ou d'infériorité de l'oxycodone contre la douleur cancéreuse, ni en tant qu'agent analgésique, ni en ce qui concerne les taux d'événements indésirables et l'acceptabilité du traitement.

La qualité de ces preuves était limitée par le risque incertain ou élevé de biais dans les études, et par l'imprécision due à un faible ou très faible taux d'événements ou nombre de participants pour de nombreux critères de jugement.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Sophie Fleurdépine et révisée par Cochrane France

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