Les outils d'aide à la décision pour les personnes ayant à réaliser des décisions relatives à un traitement ou à un dépistage

Question de la revue

Nous avons examiné les effets des outils d'aide à la décision pour les personnes ayant à prendre des décisions relatives à un traitement ou à un dépistage. Dans cette mise à jour, nous avons ajouté 18 nouvelles études pour un total de 105 études.

Contexte

Prendre une décision concernant la meilleure option de traitement ou de dépistage peut être difficile. Les patients peuvent utiliser des outils d'aide à la décision lorsqu'il existe plus d'une option et qu'aucune n'est clairement meilleure qu'une autre, ou lorsque les options présentent des avantages et des inconvénients que les personnes apprécient différemment. Il peut s'agir de brochures, de vidéos, ou d'outils sur internet. Ceux-ci décrivent la décision à prendre ainsi que les options, et aident les personnes à peser les options d'un point de vue personnel (par ex. définir à quel point les bénéfices et risques sont importants).

Caractéristiques de l'étude

Parmi les recherches publiées jusqu'en avril 2015, il y avait 105 études pertinentes portant sur 31 043 personnes. Les outils d'aide à la décision s'étaient concentrés sur 50 décisions différentes. Les décisions les plus courantes concernaient : la chirurgie, le dépistage (par exemple pour le cancer de la prostate, le cancer du côlon, le dépistage prénatal), les tests génétiques, et les traitements pharmacologiques (par exemple pour le diabète ou la fibrillation auriculaire). Les outils d'aide à la décision ont été comparés aux soins habituels, tels que l'offre d'informations générales ou l'absence d'intervention. Dans les 105 études, 89 évaluaient un outil d'aide à la décision destiné aux patients et utilisé par les personnes en vue de la visite avec le clinicien, et 16 évaluaient son utilisation pendant la visite avec le clinicien.

Résultats principaux et qualité des preuves

Lorsque les participants ont utilisé des outils d'aide à la décision, leurs connaissances des options étaient améliorées (preuves de qualité élevée) et ceux-ci se sentaient mieux informés et plus au clair sur ce qui est le plus important pour eux (preuves de qualité élevée). Ils ont probablement des attentes plus précises quant aux avantages et aux inconvénients des options (preuves de qualité modérée) et participent probablement davantage à la prise de décision (preuves de qualité modérée). Les personnes qui utilisent les outils d'aide à la décision pourraient réussir à réaliser des décisions qui sont cohérentes avec leurs valeurs (les preuves ne sont pas aussi solides ; des recherches supplémentaires pourraient modifier ces résultats). Les participants et leurs cliniciens étaient plus susceptibles de parler de la décision lorsqu'ils utilisaient un outil d'aide à la décision. Les outils d'aide à la décision exercent un effet variable sur l'option choisie, selon le choix envisagé. Les outils d'aide à la décision n'ont pas aggravé les résultats reliés à la santé, et les personnes les utilisant n'étaient pas moins satisfaites. Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin d'évaluer si les personnes continuent à suivre l'option qu'ils ont choisie et également évaluer l'impact des outils d'aide à la prise de décision sur les systèmes de santé.

Conclusions des auteurs : 

Par rapport aux soins habituels et au travers d'un large éventail de contextes de décisions, les personnes exposées à des outils d'aide à la décision se sentent plus compétentes, mieux informées et plus au clair quant à leurs valeurs, et elles ont probablement un rôle plus actif dans la prise de décision et une perception plus exacte des risques. Il existe de plus en plus de preuves indiquant que les outils d'aide à la décision peuvent améliorer la congruence entre les choix et les valeurs. Ceux-ci n'ont pas d'effets indésirables sur la santé ou sur la satisfaction. Pour cette mise à jour, de nouvelles preuves indiquent une amélioration des connaissances et une perception plus exacte des risques lorsque des outils d'aide à la prise de décision sont utilisés soit durant ou lors de la préparation à la consultation. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer les effets sur l'adhésion à l'option choisie, le rapport coût-efficacité, et l'utilisation auprès des populations ayant des taux d'alphabétisation plus faibles.

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Contexte : 

Les outils d'aide à la décision sont des interventions visant à soutenir les patients en rendant leurs décisions explicites, en fournissant des informations sur les options et leurs bénéfices et effets indésirables associés, et aident à clarifier la congruence entre les décisions et les valeurs personnelles.

Objectifs : 

Évaluer les effets des outils d'aide à la décision chez les personnes confrontées à des décisions de traitement ou de dépistage.

Stratégie de recherche documentaire : 

Recherche mise à jour (de 2012 à avril 2015) dans CENTRAL, MEDLINE, EMBASE, PsycINFO, et dans la littérature grise, y compris CINAHL jusqu'en septembre 2008.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés publiés comparant les outils d'aide à la décision aux soins habituels et/ou à d'autres interventions. Pour cette mise à jour, nous avons exclu les études comparant les outils d'aide à la décision détaillés versus simples.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment passé au crible les références bibliographiques pour l'inclusion, extrait les données et évalué le risque de biais. Les critères de jugement principaux, basés sur les normes internationales relatives aux outils d'aide à la décision des patients (IPDAS), étaient les attributs liés au choix réalisé et au processus de prise de décision.

Les critères de jugement secondaires étaient les effets comportementaux, sur la santé et sur le système de santé.

Nous avons regroupé les résultats en utilisant les différences moyennes (DM) et les risques relatifs (RR), en appliquant un modèle à effets aléatoires. Nous avons réalisé une analyse en sous-groupe des études utilisant l'outil d'aide à la décision destiné aux patients en préparation à la consultation et des études où l'outil était utilisé pendant la consultation. Nous avons utilisé le système GRADE pour évaluer la qualité des preuves.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus 105 études portant sur 31 043 participants. Cette mise à jour a ajouté 18 études et retiré 28 des études précédemment incluses comparant des outils d'aide à la décision détaillés versus simples. Au cours de l'évaluation du « Risque de biais », nous avons évalué deux éléments (la notification sélective et la mise en aveugle des participants/du personnel) comme étant incertain, principalement en raison d'une consignation inadaptée. Douze des 105 études étaient à risque élevé de biais.

Concernant les caractéristiques des choix réalisés, les outils d'aide à la décision ont accru les connaissances des participants (DM 13,27/100 ; intervalle de confiance à 95 % (IC) 11,32 à 15,23 ; 52 études ; N = 13 316 ; preuves de qualité élevée), l'exactitude de la perception de risque (RR 2,10 ; IC à 95 % 1,66 à 2,66 ; 17 études ; N = 5 096 ; preuves de qualité moyenne) et la congruence entre les valeurs et les choix concernant les soins (RR 2,06 ; IC à 95 % 1,46 à 2,91 ; 10 études ; N = 4 626 ; preuves de faible qualité) par rapport aux soins habituels.

Concernant les caractéristiques liées au processus de prise de décision et par rapport aux soins habituels, les outils d'aide à la décision ont réduit le conflit décisionnel lié à la sensation de ne pas être informé (DM −9,28/100 ; IC à 95 % −12,20 à −6,36 ; 27 études ; N = 5 707 ; preuves de qualité élevée), les indécisions concernant les valeurs personnelles (DM −8,81/100 ; IC à 95 % −11,99 à −5,63 ; 23 études ; N = 5 068 ; preuves de qualité élevée) et la proportion de personnes étant restées passives dans la prise de décision (RR 0,68 ; IC à 95 % 0,55 à 0,83 ; 16 études ; N = 3 180 ; preuves de qualité moyenne).

Les outils d'aide à la décision ont réduit la proportion de participants ne sachant pas quel choix réaliser et semblent avoir un effet positif sur la communication patient-clinicien. En outre, les personnes bénéficiant d'un outil d'aide à la décision étaient autant ou plus satisfaites de leur décision, du processus de prise de décision, et/ou de la préparation pour la prise de décision par rapport aux soins habituels.

Les outils d'aide à la décision ont également réduit le nombre de personnes choisissant une intervention chirurgicale majeure, invasive et non urgente plutôt que des options plus conservatrices (RR 0,86 ; IC à 95 % 0,75 à 1,00 ; 18 études, N = 3 844), mais cette réduction n'a atteint une signification statistique qu'après élimination de l'étude portant sur la réalisation prophylactique de mastectomies pour les personnes porteuses de gènes favorisant l'apparition d'un cancer du sein (RR 0,84 ; IC à 95 % 0,73 à 0,97 ; 17 études, N = 3 108). Par rapport aux soins habituels, les outils d'aide à la décision ont réduit le nombre de personnes ayant choisi de réaliser un dépistage de l'antigène prostatique spécifique (RR 0,88 ; IC à 95 % 0,80 à 0,98 ; 10 études, N = 3 996) et augmenté le nombre de personnes ayant choisi de prendre de nouveaux médicaments pour le diabète (RR 1,65 ; IC à 95 % 1,06 à 2,56 ; 4 études, N = 447). Pour d'autres tests et décisions de dépistage, il n'y avait en général aucune différence entre les outils d'aide à la décision et les soins habituels.

L'effet médian des outils d'aide à la décision sur la durée de la consultation était de 2,6 minutes en plus (24 versus 21 ; 7,5 % d'augmentation). Les coûts pour le groupe ayant reçu un outil d'aide à la décision étaient inférieurs dans deux études et similaires aux soins habituels dans quatre études. Les personnes recevant des outils d'aide à la prise de décision ne semblent pas différentes de celles recevant des soins habituels en termes d'anxiété, d'état de santé général, et de résultats de santé spécifiques aux affections. Les études n'ont pas rapporté d'événements indésirables associés à l'utilisation des outils d'aide à la prise de décision.

Dans l'analyse en sous-groupe, nous avons comparé les résultats pour les outils d'aide à la décision utilisés pour la préparation à la consultation versus au cours de la consultation, et nous avons trouvé des améliorations similaires dans l'analyse combinée quant aux connaissances et à la perception exacte des risques. Pour les autres critères de jugement, nous n'avons pas pu effectuer des analyses en sous-groupe de manière formelle car il y avait trop peu d'études dans chaque sous-groupe.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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