Le traitement multidisciplinaire des lombalgies

Question de la revue

Un traitement faisant intervenir une équipe de praticiens de différentes disciplines cliniques peut-il être utile pour les personnes souffrant depuis longtemps de lombalgies ?

Contexte

La lombalgie est une affection qui provoque beaucoup de douleurs et de souffrances à travers le monde et représente également des coûts importants pour la société en raison des dépenses de santé et des absences au travail. Des recherches antérieures ont montré que les lombalgies persistant pendant plusieurs mois ou années étaient souvent associées à des problèmes psychologiques et sociaux. Les traitements multidisciplinaires visent les aspects physiques, mais aussi psychologiques et sociaux de la lombalgie et font intervenir une équipe de professionnels de la santé venant de différents horizons professionnels et disciplines.

Caractéristiques des études

Nous avons recueilli toutes les études publiées jusqu'à février 2014, soit 41 études (6 858 participants) comparant le traitement multidisciplinaire à d'autres traitements. La plupart comparaient un traitement multidisciplinaire aux soins habituels (par exemple par un médecin généraliste) ou à des traitements visant uniquement les facteurs physiques (comme l'exercice physique ou la kinésithérapie). Tous les sujets de ces études avaient des lombalgies depuis plus de trois mois et la plupart avaient reçu une autre sorte de traitement précédemment.

Principaux résultats

Il existe des preuves de qualité modérée qu'un traitement multidisciplinaire apporte de plus grandes améliorations de la douleur et des fonctions quotidiennes que les soins ou traitements habituels visant seulement les facteurs physiques. La différence n'était pas très grande, environ 1 point sur une échelle de la douleur de 10 points, mais elle peut être importante pour des personnes dont les symptômes n'ont pas répondu à d'autres traitements. Il existe aussi des preuves de qualité modérée que le traitement multidisciplinaire doublerait la probabilité que les patients puissent travailler sur les 6 à 12 mois suivants par rapport aux traitements visant les facteurs physiques.

Bien que ces programmes semblent être plus efficaces que les autres solutions, leurs effets doivent être mis dans la balance avec l'argent, les ressources et le temps qu'il faut y investir. Les programmes de traitement multidisciplinaires sont souvent très intensifs et coûteux et conviennent donc probablement surtout pour les personnes présentant des problématiques très sévères ou complexes.

Conclusions des auteurs : 

Les patients souffrant de lombalgie chronique et bénéficiant d'une réadaptation biopsychosociale multidisciplinaire sont susceptibles d'avoir moins de douleurs et d'invalidités que ceux traités par les soins habituels ou par un traitement physique. La réadaptation biopsychosociale multidisciplinaire a également une influence positive sur la capacité de travail par rapport à un traitement physique. Les effets sont d'une ampleur modeste et doivent être mis dans la balance par rapport aux exigences de temps et de ressources des programmes multidisciplinaires de réadaptation biopsychosociale. Les interventions plus intensives n'ont pas produit d'effets sensiblement différents des interventions moins intensives. Bien que nous ne soyons pas en mesure de déterminer si l'intensité des symptômes lors de la présentation influence les chances de succès, il semble approprié que seules les personnes dont les indicateurs suggèrent un impact psychosocial important soient adressées pour une réadaptation biopsychosociale multidisciplinaire.

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Contexte : 

Les lombalgies sont responsables de souffrances individuelles considérables dans le monde entier. Les patients dont les symptômes invalidants persistent dans la durée représentent en outre un coût important pour la société par le biais des dépenses de santé et de la baisse de leur productivité au travail. Bien qu'il existe de nombreuses options de traitement, aucune n'est universellement recommandée. L'idée qu'il vaut mieux envisager la lombalgie chronique comme une interaction d'influences physiques, psychologiques et sociales (le « modèle biopsychosocial ») est de plus en plus largement acceptée. Elle a donné naissance à des programmes multidisciplinaires de réadaptation biopsychosociale (RBPS) qui visent des facteurs dans différents domaines et sont administrés par des professionnels de la santé de différentes disciplines.

Objectifs : 

Examiner les preuves d'efficacité de la RBPS chez les patients souffrant de lombalgie chronique. L'accent était mis sur des comparaisons avec les soins habituels et avec les traitements physiques, en mesurant les paramètres de la douleur, du handicap et de l'aptitude au travail, en particulier à long terme.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué une recherche dans les bases de données CENTRAL, Medline, Embase, PsycINFO et CINAHL en janvier et mars 2014 et procédé à des recherches manuelles dans les listes de références des études incluses et connexes, au suivi des citations des études incluses et au tri des études exclues de la version précédente de cette revue.

Critères de sélection : 

Toutes les études identifiées dans les recherches ont été examinées indépendamment par deux auteurs de la revue ; les désaccords relatifs à leur inclusion ont été résolus par le consensus. Nous avons cherché des essais contrôlés randomisés (ECR) publiés, incluant des adultes souffrant de lombalgie non spécifique persistant depuis plus de 12 semaines, avec une intervention de référence visant au moins deux catégories parmi les facteurs physiques, psychosociologiques et liés au travail et réalisée par des praticiens d'au moins deux qualifications différentes.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs ont extrait et vérifié les informations pour décrire les études incluses, évalué le risque de biais et effectué les analyses. Nous avons utilisé l'outil d'évaluation du risque de biais Cochrane pour décrire la qualité méthodologique. Les critères d'évaluation principaux étaient la douleur, le handicap et la capacité de travail à court, moyen et long terme. Les critères secondaires étaient le fonctionnement psychologique (par exemple dépression, anxiété, catastrophisme), l'utilisation des services de soins de santé, la qualité de vie et les événements indésirables. Nous avons classé les interventions de contrôle en soins habituels, traitement physique, chirurgie ou liste d'attente pour la chirurgie, dans des méta-analyses distinctes. Les deux premières comparaisons constituaient notre objectif principal. Nous avons effectué des méta-analyses en utilisant des modèles à effets aléatoires et évalué la qualité des données selon la méthode GRADE. Nous avons procédé à des analyses de sensibilité pour évaluer l'influence de la qualité méthodologique, et à des analyses par sous-groupes pour étudier l'influence de la sévérité initiale des symptômes et de l'intensité de l'intervention.

Résultats principaux : 

Sur 6 168 études identifiées dans les recherches, nous avons inclus 41 ECR totalisant 6 858 participants. Les cotes de qualité méthodologiques allaient de 1 à 9 sur 12, et 13 des 41 études incluses ont été jugées à faible risque de biais. Les estimations groupées de 16 ECR ont apporté des preuves de qualité moyenne à faible que la RBPS est plus efficace que les soins habituels pour réduire la douleur et le handicap, avec des différences moyennes standardisées (DMS) à long terme de 0,21 (IC à 95 % de 0,04 à 0,37) et 0,23 (IC à 95 % de 0,06 à 0,4), respectivement. À tous les points dans le temps, les scores sur une échelle de de la douleur numérique de 0 à 10 étaient compris entre 0,5 et 1,4 environ, et ceux sur l'échelle d'invalidité de Roland Morris (0-24) de 1,4 à 2,5 points. Des preuves de qualité moyenne à faible indiquent qu'il n'y a aucune différence sur les paramètres liés au travail (rapport des cotes (RC) à long terme 1,04, IC à 95 % de 0,73 à 1,47). Les estimations groupées de 19 ECR ont apporté des preuves de qualité moyenne à faible que la RBPS était plus efficace qu'un traitement physique sur la douleur et le handicap avec une DMS à long terme de 0,51 (IC à 95 % de -0,01 à 1,04) et 0,68 (IC à 95 % de 0,16 à 1,19), respectivement. À tous les points dans le temps, cela se traduit par un score d'environ 0,6 à 1,2 point sur l'échelle de la douleur et 1,2 à 4,0 points sur l'échelle de Roland Morris. Il existe des preuves de qualité moyenne à faible d'un effet sur les paramètres liés au travail (RC à long terme 1,87, IC à 95 % de 1,39 à 2,53). Les preuves n'étaient pas suffisantes pour évaluer si les interventions de RBPS étaient associées à plus d'événements indésirables que les soins habituels ou les interventions physiques.

Les analyses de sensibilité ne suggèrent pas que les estimations regroupées aient été indûment influencés par les résultats des études de faible qualité. Les analyses de sous-groupes n'étaient pas concluantes en ce qui concerne l'influence de la sévérité initiale des symptômes et de l'intensité de l'intervention.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens. Cliquez ici pour plus d'informations à propos de notre projet de traduction.