Traitement de la maladie causée par les larves d'un ver plat dans le cerveau

Lorsqu'un individu ingère les larves d'un ver plat parasite du porc (Taenia solium), ces larves peuvent sortir de l'intestin et se loger dans différents tissus de l'organisme pour former des kystes. Lorsque ces kystes se forment dans le cerveau, on parle de neurocysticercose. Certains patients peuvent être asymptomatiques, mais d'autres présentent des convulsions, des céphalées ou, plus rarement, une confusion mentale, une perte d'équilibre ou un œdème cérébral. Dans de très rares cas, la maladie peut entraîner le décès du patient.

Cette maladie affecte principalement les individus qui vivent en contact avec des porcs dans de mauvaises conditions d'hygiène. Elle touche environ 50 millions de personnes dans le monde et, dans certaines régions, constitue la première cause d'épilepsie se déclarant à l'âge adulte.

Le nombre, la taille et l'emplacement des kystes permet d'orienter le traitement de la neurocysticercose, de même que les symptômes des patients ; ex. : administration d'anticonvulsivants à un patient atteint de crises épileptiques. Deux médicaments, le praziquantel et l'albendazole, peuvent être spécifiquement utilisés dans la neurocysticercose pour tuer le parasite ; ces médicaments sont connus sous le nom d'anthelminthiques. Certains kystes, que l'on appelle des lésions non viables, sont généralement en cours de dégénération et disparaissent spontanément ; de nombreux experts recommandent de ne pas les traiter. Néanmoins, le traitement des lésions viables (c.-à-d. les lésions qui peuvent ou non disparaître spontanément) au moyen de ces médicaments pourrait permettre de tuer le parasite, mais le traitement demeure controversé en raison des effets secondaires potentiels et du fait que le parasite pourrait mourir spontanément.

Dans cette revue portant sur 21 essais contrôlés randomisés pertinents, la plupart des études examinaient les effets de l'albendazole. Chez les patients présentant des lésions viables, les seules preuves disponibles concernent des patients adultes ; ces preuves suggèrent que l'albendazole pourrait réduire le nombre de lésions. Chez les patients présentant des lésions non viables, les seules preuves disponibles concernent des enfants ; ces preuves suggèrent que la récurrence des crises épileptiques était inférieure sous albendazole, ce qui contredit l'opinion de certains experts. Les preuves disponibles sont insuffisantes pour évaluer les effets du praziquantel.

Conclusions des auteurs : 

Chez les patients présentant des lésions viables, les preuves issues des essais portant sur des adultes suggèrent que l'albendazole pourrait réduire le nombre de lésions. Dans les essais portant sur des lésions non viables, la récurrence des crises épileptiques était substantiellement inférieure sous albendazole, ce qui semble contre-intuitif. Il se pourrait que les stéroïdes aient une influence sur les céphalées pendant le traitement, mais d'autres recherches sont nécessaires pour évaluer cette hypothèse.

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Contexte : 

La neurocysticercose est une infection du cerveau par le ver plat parasite du porc au stade larvaire. Il s'agit d'une cause courante d'épilepsie dans les zones endémiques. Des anthelminthiques (albendazole ou praziquantel) peuvent être administrés pour tuer les parasites. Néanmoins, ces médicaments sont associés à des effets indésirables potentiels et les parasites pourraient mourir sans traitement.

Objectifs : 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité des anthelminthiques chez les patients atteints de neurocysticercose.

Stratégie de recherche documentaire : 

En mai 2009, nous avons consulté le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les maladies infectieuses, CENTRAL (Bibliothèque Cochrane 2009, numéro 2), MEDLINE, EMBASE, LILACS et mRCT.

Critères de sélection : 

Les essais contrôlés randomisés comparant des anthelminthiques à un placebo, une absence d'anthelminthiques ou d'autres schémas d'anthelminthiques chez des patients atteints de neurocysticercose.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs ont sélectionné les essais, extrait les données et évalué le risque de biais de chaque essai de manière indépendante. Nous avons calculé les risques relatifs (RR) pour les variables dichotomiques, avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons combiné les données des essais examinant des interventions et des critères de jugement similaires.

Résultats principaux : 

Aucun essai n'examinait les lésions viables chez l'enfant. Concernant les lésions viables chez l'adulte, aucune différence n'était détectée entre l'albendazole et l'absence de traitement en termes de récurrence des crises épileptiques (116 participants, un essai) ; cependant, moins de participants sous albendazole présentaient des lésions lors du suivi (RR de 0,56, IC à 95 %, entre 0,45 et 0,70) ; 192 participants, deux essais).

Concernant les lésions non viables chez l'enfant, la récurrence des crises épileptiques était moins fréquente sous albendazole par rapport à l'absence de traitement (RR de 0,49, IC à 95 %, entre 0,32 et 0,75 ; 329 participants, quatre essais). Aucune différence n'était détectée en termes de persistance des lésions lors du suivi (570 participants, six essais). Aucun essai n'examinait les lésions non viables chez l'adulte.

Dans les essais examinant des lésions viables, non viables ou mixtes (chez des enfants et des adultes), les céphalées étaient plus courantes sous albendazole seul (RR de 9,49, IC à 95 %, entre 1,40 et 64,45 ; 106 participants, deux essais), mais aucune différence n'était détectée dans un essai portant sur l'administration d'albendazole combiné à des corticostéroïdes (116 participants, un essai).

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